L’hyperactivité : au-delà des a priori

L’hyperactivité : au-delà des a priori

L’histoire du TDAH est marquée, dès le début du siècle dernier, par les premiers travaux scientifiques du Dr George Still, médecin londonien. Depuis lors, les recherches se sont multipliées, faisant l’objet de discussions scientifiques rigoureuses sur la caractérisation des symptômes, l’évolution et les approches thérapeutiques. Les troubles de comportement et les décrochages scolaires chez les enfants font partie des motivations les plus fréquentes de consultation en pédopsychiatrie. Il ne s’agit pas d’assimiler tous les enfants turbulents au TDAH. De même, les enfants ayant un TDAH n’ont pas forcement un trouble de comportement. Le TDAH est l’une des psychopathologies les plus fréquentes chez les enfants en âge scolaire (3 à 5%). Il peut persister à l’adolescence et à l’âge adulte, avec des conséquences parfois très néfastes sur le développement psychoaffectif et l’apprentissage.

Un  » moteur dans le dos  »

Ce trouble résulte soit d’une inattention, soit d’une instabilité motrice et d’une impulsivité excessives par rapport au niveau de développement, soit plus fréquemment une combinaison des deux. Le processus d’attention est une aptitude cognitive et comportementale qui permet l’accomplissement d’une tâche durable (attention soutenue). Elle doit pouvoir être sélective, permettant de sélectionner des stimulations environnementales pertinentes et partagée pour passer d’une tâche à l’autre par exemple. Ces processus sont altérés dans le TDAH.

L’hyperactivité (classiquement décrite comme un  » moteur dans le dos d’un enfant « ) est caractérisée par des mouvements permanents, limités chez l’adolescent et chez l’adulte à un sentiment subjectif d’impatience motrice. Ces caractéristiques cliniques pourraient être la conséquence d’un déficit dans le contrôle de l’inhibition : un mécanisme cérébral très complexe pouvant être défini comme un processus d’autorégulation permettant de différer une réponse à un stimulus, d’interrompre une réponse en cours et de protéger une activité cognitive des interférences de l’environnement.

Souffrance et stigmatisation

La sévérité des symptômes est variable dans la journée et s’aggrave lorsque les situations exigent un effort d’attention soutenue. Ces manifestations attentionnelles et comportementales apparaissent dans de multiples contextes et entraînent une gêne et une souffrance incontestable. On ne peut réduire le TDAH à un phénomène exclusivement socioculturel caractéristique des sociétés dites développées, incriminant l’éducation, les structures familiales, les méthodes pédagogiques d’apprentissage scolaire. Ceci génère une stigmatisation chez les enfants/adolescents et une culpabilité chez leurs parents liée à un sentiment d’incompétence éducationnelle. Il s’agit de bien différentier les aspects normatifs propres au développement et ceux appartenant à la psychopathologie. La frontière étant parfois très ténue, le diagnostic doit reposer sur une approche très rigoureuse.

Origines multifactorielles ?

Les mécanismes cérébraux impliqués dans le TDAH demeurent encore inconnus. Les études pharmacologiques, l’expérimentation animale et les études d’imagerie cérébrale suggèrent néanmoins une dysrégulation de certains neurotransmetteurs cérébraux impliquant en particulier le système dopaminergique et noradrénergique. Les études d’épidémiologie génétique ont pu mettre en évidence une héritabilité importante du trouble. Ainsi, les hypothèses actuelles convergent-elles vers une  » origine multifactorielle  » à  » déterminisme complexe  » impliquant une interaction entre les facteurs génétiques et environnementaux.

Recherches en cours

Les facteurs génétiques sont supposés être multiples avec des effets mineurs, ce qui rend difficile leur identification. Nos travaux de recherche, menés dans le Laboratoire de recherches psychiatriques de l’Hôpital Erasme du professeur Mendlewicz, visent à identifier des gènes de susceptibilité du TDAH. Des données visant à explorer de nouveaux phénotypes seront examinées (caractéristiques cliniques, imagerie cérébrale, tests neuropsychologiques ). Ce projet s’intègre dans d’étroites collaborations (INSERM en France, NIMH aux États-Unis) et vise à contribuer à la compréhension des mécanismes cérébraux incriminés. L’identification de facteurs génétiques dans le TDAH pourrait permettre une approche diagnostic encore plus rigoureuse et déboucher sur de nouvelles perspectives préventives et thérapeutiques. Il vise enfin à explorer l’interaction entre gènes et environnement, abordant ainsi la grande complexité des pathologies multifactorielles.

 

Dr Isabelle Massat

Chercheur qualifié du FNRS. Laboratoire de recherches psychiatriques, Faculté de Médecine, ULB

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