L’hyperactivité reste un sujet hypersensible

L’hyperactivité reste un sujet hypersensible
LAURENCE DARDENNE

Mis en ligne le 26/10/2005

Pas unanimement reconnu, ce syndrome est de plus en plus souvent diagnostiqué. Il s’agit d’une pathologie globale, qui peut toucher l’attention, l’activité physique et/ou l’impulsivité. Plusieurs causes ont été définies.
ENTRETIEN

A lire les nombreuses interventions sur notre site (www.lalibre.be, Agora), dans le cadre de la série «Mes neurones et moi», l’hyperactivité est un sujet sensible. Passions, douleurs, souffrances, intolérance, incompréhension transparaissent à travers les témoignages et les réactions. Régulièrement confronté dans sa pratique quotidienne à des cas d’enfants hyperactifs, le Dr Xavier Schlögel, neuropédiatre, nous éclaire sur cette pathologie.

Quelles sont les nuances qui existent entre hyperkinésie, hyperactivité et troubles déficitaires de l’attention?

Il existe en effet plusieurs termes qui peuvent entraîner une certaine confusion. Sur le plan scientifique ou neuropédiatrique, nous parlons généralement de TDA/H/I pour troubles déficitaires de l’attention, hyperactivité, impulsivité. Cette terminologie a l’avantage de faire comprendre qu’il s’agit d’une pathologie globale, mais qui peut toucher de façon très variable l’attention, l’activité physique et/ou l’impulsivité, c’est-à-dire des troubles de l’inhibition. Quasi tous les enfants hyperactifs présentent des troubles de l’attention et presque un enfant sur deux qui souffre d’un TDA n’est pas hyperactif.

La maladie est-elle reconnue?

Il y a certainement débat, mais, dans la mesure où il existe un remboursement d’un traitement par l’Inami, on peut considérer qu’elle est reconnue politiquement et publiquement. Cela dit, elle n’est pas toujours reconnue par le monde médical en raison des querelles qui persistent sur l’aspect psycho-dynamique lacanien de la pathologie et sur le caractère purement génétique de la pathologie que soutiennent certains.

Que sait-on, à l’heure actuelle, des causes de cette maladie?

Il y a un faisceau d’arguments pour affirmer qu’il existe une base neurologique, liée à une particularité du cerveau, que ce soit au niveau anatomique ou fonctionnel. En ce qui concerne les anomalies structurelles et de fonctionnement du cerveau, on sait que des lésions dans la partie antérieure vont favoriser les troubles de l’attention. On considère que les fonctions attentionnelles et exécutives sont perturbées chez au moins 40pc des prématurés de moins de 1kg. D’autre part, on soupçonne l’existence de particularités dans la mise en place des réseaux neuronaux.

Il existe en outre probablement des facteurs génétiques favorisants. A savoir s’ils sont explicatifs par eux-mêmes, je pense que c’est très rare et qu’il faut plutôt une conjonction d’éléments. Enfin, il convient également de prendre en compte les facteurs environnementaux. Certains toxiques ont probablement un rôle de même que des troubles épileptiques ou métaboliques.

Quels sont les symptômes qui caractérisent ce syndrome?

On peut parler d’âges-clés auxquels la symptomatologie est particulière. En maternelle, il faudra être attentif à un enfant qui n’arrête pas de bouger, qui n’a pas de limite, que l’on ne peut plus contrôler, qui accepte difficilement les contraintes… L’enfant que l’on appelle classiquement «mal éduqué» est bien souvent un enfant hyperactif qui n’en peut pas grand-chose. Le deuxième âge-clé correspond à l’entrée en primaire. Là, le signe d’alerte pourra se traduire par des difficultés d’apprentissage. Enfin, en première humanités, il faudra s’inquiéter si l’enfant, qui n’a jamais eu de problème jusque-là, s’effondre tout à coup devant la complexité des matières et la multiplication des changements. Une symptomatologie très souvent ignorée ou négligée est encore celle de l’enfant dit «lent» dans sa réalisation à l’école ou à la maison. Cet enfant peut aussi être suspecté de déficit de l’attention, même s’il est sage.

Les symptômes ont-ils tendance à s’atténuer avec l’âge?

On constate une différence entre l’évolution chez les garçons et chez les filles. Si l’hyperactivité disparaît en grande partie presque toujours chez ces dernières, ce n’est que relativement souvent le cas chez les garçons. En revanche, les TDA peuvent persister dans une plus grande proportion chez les deux sexes.

S’il existe plusieurs causes et plusieurs formes d’hyperactivité et de TDA, il doit y avoir aussi plusieurs traitements?

Absolument. Il s’agit d’un syndrome et non d’une pathologie univoque. Il convient donc d’envisager différents types de traitements.

Et parmi ceux-ci, la fameuse Rilatine, administrée à de nombreux enfants?

C’est exact. Il s’agit d’un des plus vieux médicaments neurologiques que l’on connaisse. On a pu en déterminer les effets sur trois générations. Il est peu toxique et comporte relativement peu d’effets secondaires. On constate cependant parfois des maux de tête à l’initialisation du traitement, des douleurs abdominales, une diminution de l’appétit, des modifications du sommeil… A long terme, il arrive, dans de rares cas, qu’il y ait un ralentissement de la croissance et des syndromes dépressifs.

Cela dit, la Rilatine n’est pas non plus une pilule miracle. Pour ma part, je ne la prescris dans la très grande majorité des cas que si d’autres aides sont apportées. Parmi elles, la rééducation des troubles de l’apprentissage, la psychomotricité individuelle, une aide psychologique, des thérapies de relaxation… Il n’y a en effet pas que la Rilatine pour aider l’enfant. Cela dit, pour un syndrome avéré, dans la très grande majorité des cas, on passera par une aide médicamenteuse.

© La Libre Belgique 2005

source : http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=247431

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