La cigarette chez l’hyperactif, passerelle vers l’alcool ou la drogue

 

Conduite aux États-Unis pendant onze ans sur 165 sujets jeunes avec troubles déficitaires de l’attention et hyperactivité (TDAH) âgés de 6 à 17 ans au départ (et 374 sujets-témoins), une étude longitudinale a évalué l’incidence du tabagisme précoce sur le risque de passage vers d’autres addictions (alcool ou diverses substances : cannabis, cocaïne, crack…).

Complétant des études antérieures, les résultats incitent les auteurs à estimer que le fait de fumer des cigarettes dès l’enfance ou l’adolescence constitue, pour des jeunes avec TDAH, un véritable « facteur de risque », une « passerelle » vers le mésusage ultérieur d’autres substances aussi nocives (ou davantage) que le tabac. On constate déjà que le tabagisme s’avère plus fréquent (plus d’un jeune hyperactif sur trois, contre un témoin sur quatre) et plus précoce chez les jeunes avec TDAH (13,9 ans ; déviation-standard : 2,7 ans), comparativement aux témoins (15,4 ans ; déviation-standard : 2,7 ans) [p<0,001].

Près de 9 hyperactifs sur 10 (89 %) commencent à fumer avant l’âge de 18 ans, et « bien que tous les fumeurs » (avec ou sans TDAH associé) aient « un risque significativement accru » de développer une addiction à l’alcool ou à d’autres substances (par rapport aux sujets non-fumeurs), on constate que ce risque se révèle maximal chez les jeunes fumeurs avec TDAH où il est alors presque triplé (Hazard Ratio= 2,6 ; intervalle de confiance à 95 % [1,8–3,8] ), par comparaison aux non-fumeurs sans TDAH.

À un âge moyen de 23 ans, la fréquence du mésusage de l’alcool est ainsi de 62 % chez les fumeurs avec TDAH, contre « seulement » 47 % chez les fumeurs sans TDAH, 43 % chez les non-fumeurs avec TDAH, et 31 % chez les non-fumeurs sans TDAH. Les raisons de cet « effet passerelle » des cigarettes vers l’alcool ou d’autres drogues ne sont pas éclaircies. Il pourrait s’agir d’une « modulation par la nicotine de l’activité dopaminergique dans le système mésolimbique », entraînant un « renforcement positif pour d’autres comportements addictifs », un phénomène peut-être « amplifié par les anomalies dopaminergiques préexistantes, associées au TDAH. »

Mais de toute façon, en montrant que la dépendance au tabac « aggrave le risque d’addictions subséquentes » chez les sujets avec TDAH, ces constats présentent, concluent les auteurs, « d’importantes implications pour la santé publique » car ils réaffirment cet impératif « déjà urgent », vu le contexte général de forte incitation à fumer chez les jeunes : la «nécessité de prévenir le tabagisme chez les enfants atteints de TDAH. »

Dr Alain Cohen

Biederman J et coll. : Cigarette smoking as a risk factor for other substance misuse: 10-year study of individuals with and without attention-deficit hyperactivity disorder. Br J Psychiatry, 2012; 201: 207–214.

 

source : http://www.jim.fr/e-docs/00/02/0E/A4/document_actu_med.phtml

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