Organisation de groupes de paroles : « Groupe d’adultes présentant un TDA/H » et « Groupe de parents d’enfants/ados présentant un TDA/H » à Moustier-sur-Sambre (entre Namur, Gembloux et Charleroi).

 Le Docteur Cédric Leclercq organise des groupes de paroles : « Groupe d’adultes présentant un TDA/H » et « Groupe de parents d’enfants/ados présentant un TDA/H »
Lieu : Moustier-sur-Sambre (entre Namur, Gembloux et Charleroi).

Les patients intéressés peuvent le contacter au 0474.72.69.69. Détails sur les affiches en pièces jointes.
Groupes d’adultes

Groupes de parents

Votre enfant aurait envie de participer à une étude scientifique sur le TDA/H ?

Votre enfant aurait-il envie de participer à une recherche scientifique?
Le «trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité »( TDAH, ou ADHD sous son acronyme anglais) est aujourd’hui considéré comme une des maladies neurologiques qui touche 4% à 7% des enfants en âge scolaire.
Le diagnostic clinique est difficile à établir. C’est pourquoi, nous travaillons sur la mise au point d’un outil d’aide au diagnostic basé sur l’enregistrement de l’activité cérébrale de l’enfant pendant que celui-ci fait un petit test à l’ordinateur. Les tests sont donc indolores et ne sont pas du tout invasifs.
Nous recrutons à la fois des enfants ADHD et des sujets non ADHD âgés 6 à 18 ans .Ces expériences ont été approuvées par le comité d’éthique de Brugmann et de l’hôpital Reine Fabiola et menées selon les règles de la déclaration d’Helsinki.
Pour plus d’infos, cliquez sur le lien.

Invitations 25 septembre : conférence UFAPEC sur les troubles de l’apprentissage et 2 octobre Table Ronde UFAPEC

Chers parents,

 Je suis responsable à l’UFAPEC de la « thématique dys » : organisation de conférences, animation dans les écoles auprès des parents, enseignants, rédaction d’analyses, réponses individuelles, coordination « boîte à outils »…

J’ai le plaisir de vous inviter à la conférence que l’UFAPEC co-organise avec l’association des parents de l’école Libre St Géry sur les troubles de l’apprentissage.  Elle aura lieu à Rebecq ce jeudi 25 septembre à 20h (ancienne gare de Rebecq, rue du Pont, 82/ Entrée libre). J’y aborderai les caractéristiques des différents troubles de l’apprentissage, la question du diagnostic, du dialogue avec l’école, quelles démarches réaliser pour aider un enfant « dys » durant son parcours à l’école fondamentale.

N’hésitez pas à diffuser l’invitation ci-jointe aux parents de votre école, ainsi qu’à l’équipe enseignante : vous êtes tous et toutes les bienvenus !

Je vous convie également à notre Table-Ronde de rentrée le jeudi 2 octobre de 19h30 à 22h à l’école Sainte-Thérèse, rue Clarisse, 2, 1400 Nivelles (voir invitation ci-jointe).

3 ateliers (au choix) seront organisés autour de thématiques-clés :

La sécurité routière aux abords de l’école

La remédiation pour une école de l’excellence

L’intégration dans l’enseignement ordinaire : tous concernés !

Au plaisir de vous y rencontrer,

Anne Floor – 010/42 00 51
Animatrice- Chargée d’études et analyses
www.ufapec.be

2014-09-25 affiche conf dys Rebecq

• « Etre en groupe, vivre avec les autres… pas si facile » – groupe de parole bi-mensuel le mercredi après midi à 1030 Schaerbeek pour enfants de 6 à 12 ans rencontrant des difficultés relationnelles

• « Etre en groupe, vivre avec les autres… pas si facile » – groupe de parole bi-mensuel le mercredi après midi à 1030 Schaerbeek pour enfants de 6 à 12 ans rencontrant des difficultés relationnelles – Renseignements et Inscriptions : Juliette Raoul-Duval 0474/818.004  juliette.raoul-duval@telenet.be et www.gestalt.be

Pour plus d’infos cliquez ici ; GROUPE 2014 2015 couleur

TDA/H et Adolescence

TDA/H et Adolescence

Attention Deficit Disorder
The unfocused mind in children and adults : chapitre 5
de Thomas E. Brown, Ph.D
Traduction : Valérie Infantino  pour l’asbl TDA/H Belgique http://www.tdah.be

L’adolescence : Une plus grande indépendance synonyme de nouveaux défis

 

LE MYTHE  : Le trouble déficitaire de l’attention chez l’enfant disparaît à l’adolescence.

LES FAITS  : Souvent le TDA n’est diagnostiqué qu’à l’adolescence, période où une plus grande prise en charge est requise, à l’école comme ailleurs. De plus, le TDA, bien que subtil, est beaucoup plus handicapant pendant l’adolescence que l’enfance.

Pour beaucoup de personnes souffrant de TDA, les symptômes se manifestent parfois dès l’enfance. Toutefois pour certains, ils ne se déclarent qu’à l’adolescence. De plus, parmi les personnes souffrant de TDA depuis leur enfance, beaucoup rencontrent d’énormes difficultés quand leurs fonctions exécutives sont sollicitées à l’école, à la maison et dans leurs relations sociales. Pour la plupart des personnes souffrant de syndrome du TDA, la période entre le collège et le début de la vingtaine est la plus frustrante. C’est en effet durant cette phase, de l’adolescence jusqu’au début de l’âge adulte, que nos fonctions exécutives sont stimulées par de nouvelles et nombreuses tâches pour lesquelles aucune échappatoire n’est possible et pour lesquelles nous ne sommes peut-être pas toujours très compétent .

Les déficiences liées au syndrome du TDA se font souvent plus visibles au moment du passage de l’école primaire vers l’école secondaire. A l’école primaire, un seul professeur s’occupe des élèves la plus grande partie de la journée. Cela permet au professeur de devenir plus familier avec les élèves, de développer des relations personnelles avec chacun d’entre eux et de les aider à gérer leurs éventuels conflits personnels. Il offre de plus chaque jour aux élèves une certaine continuité dans la structure et l’organisation. Il les aide à établir les priorités, leur rappelle les prochaines dates limites pour leurs éventuels devoirs et les surveille dans chaque aspect de leur travail, que ce soit l’apprentissage ou leurs échanges sociaux. Lorsque l’élève arrive à l’école secondaire, une grande partie de cette structure « maternelle » et de cette assistance continue, disparaît ; Au lieu de cela, les élèves doivent beaucoup plus compter sur leurs propres fonctions exécutives.

 

Gérer le temps et les devoirs

L’école secondaire fait appel à une prise en charge beaucoup plus complexe que l’école primaire. Les horaires sont fractionnés en sept à neuf cours différents, chacun tenu dans une salle différente par un professeur différent et avec un groupe d’étudiants différent. Au lieu de travailler quotidiennement avec vingt à vingt-cinq étudiants, chaque professeur peut être amené à rencontrer 125 à 150 étudiants par jour, et ce uniquement pour un seul cours. En l’absence d’un professeur unique permettant cohérence et structure, les étudiants sont obligés d’être beaucoup plus organisés, gérant eux-mêmes devoirs, activités et relations scolaires.

Dans beaucoup d’écoles, les horaires des cours ne sont pas constants ; ils varient selon le jour, chaque étudiant doit donc se souvenir de chaque horaire pour chaque jour de la semaine. Chaque cours nécessite différents matériaux et outils, par exemple, des cahiers, des blocs notes, des stylos ou crayons, des calculatrices, un uniforme de gymnastique etc. L’étudiant doit donc transporter ceux-ci de classe en classe, les avoir sous la main que ce soit dans leur casier ou leur sac à dos afin de pouvoir les utiliser quand cela est nécessaire. Beaucoup d’étudiants souffrant de TDA ont beaucoup de mal à ne pas égarer leurs affaires, à se souvenir de quel matériel apporter pour quel cours et ensuite de se souvenir de le reprendre et de le ranger à sa place durant l’intercours.

La rotation d’une classe à l’autre, sept à neuf fois par jour, augmente également la complexité des échanges sociaux pour les étudiants adolescents. Ces changements de classe fréquents impliquent beaucoup d’échanges sociaux tels que des conversations agréables avec des amis. Cependant, traverser les couloirs et entrer dans une nouvelle classe expose aussi l’étudiant à un échange constant avec d’autres étudiants, certains d’entre eux pouvant se montrer distants, railleurs, provocateurs ou encore menaçants. Les interactions ou les interactions anticipées avec d’autres étudiants, peuvent être à l’origine de pensées et de sentiments désagréables, pouvant persister alors même que le cours a déjà commencé.

Les interactions entre professeur et étudiant varient également selon le cours. Chaque professeur ayant sa propre personnalité, son propre style et sa manière de diriger une classe. Certains professeurs sont très structurés et exigeants envers les étudiants. D’autres sont plus souples et moins autoritaires. Certains sont très encourageants et à l’écoute de leurs étudiants, tandis que d’autres peuvent être condescendants ou carrément hostiles. Dans des cas plus extrêmes, il arrive même que des étudiants entrent en conflit ou soient victimes de moqueries ou de critiques embarrassantes provenant d’un professeur qu’ils ne peuvent affronter sans risques.

Ces pensées et ces sentiments engendrés par les interactions avec des camarades de classe ou des professeurs, absorbent une grande partie de l’énergie et du temps de l’étudiant pendant l’école. Mihaly Csikszentimihalyi et Reed Larson (1984) ont mené une étude sur des adolescents à qui l’on a demandé de porter un beeper tous les jours et de noter en détails ce qu’ils étaient en train de faire, ce à quoi ils étaient en train de penser et ressentir au moment où le beeper sonnait. Cette étude a démontré que lorsque le beeper sonnait, les étudiants ne pensaient à l’école que dans 40% des cas. L’étude a aussi démontré que :

Comparé à d’autres contextes rencontrés dans leurs vies, le temps passé en classe est associé à des états en dessous de la moyenne sur quasi chaque dimension d’autoévaluation. Plus particulièrement, les étudiants font part d’un sentiment de tristesse, d’irritabilité et d’ennui ; ils se trouvent timides et rêveraient vraiment de pouvoir faire autre chose.

D’après une étude très sérieuse menée sur ces étudiants, sélectionnés parmi la population générale d’une école secondaire de banlieue, ces chercheurs ont conclu que «   Même dans une très bonne école secondaire telle que celle étudiée ici…les étudiants n’absorbent qu’une faible quantité de l’information qui leur est présentée. » Ils pensent que « les sujets académiques classiques tels que les mathématiques, les langues étrangères ou l’anglais démontrent les niveaux les plus bas de motivation intrinsèque, doublé d’un faible niveau d’affect et d’activation. » Si en général les étudiants rencontrent habituellement ce genre de difficultés en classe, il n’est dès lors pas surprenant que les personnes atteintes de TDA témoignent de sérieux problèmes dans la gestion de leur temps et de leur effort à l’école.

Le travail scolaire ne se fait pas entièrement au sein de l’établissement. L’école secondaire engendre une augmentation importante dans la quantité et la complexité des devoirs que les étudiants sont sensés gérer par eux-mêmes, terminer en dehors de l’école et ensuite remettre au professeur approprié et dans les délais requis. Beaucoup d’adolescents ont les plus grandes difficultés à suivre quel devoir a été attribué et à quelle date il doit être rendu. Beaucoup ont également du mal à rendre le travail à temps. D’autres ont même des problèmes à se souvenir qu’ils doivent rendre le travail terminé dans les temps afin d’être noté. Pour les étudiants souffrant de TDA, ces demandes de devoirs de plus en plus incessantes peuvent devenir accablantes.

Nous n’avons jamais reçu de plainte concernant Emily lorsqu’elle était à l’école primaire. Au contraire, les professeurs avaient plutôt des choses positives à dire à son sujet. Il arrivait quelques fois que le professeur m’avertisse, me précisant que j’allais devoir aider Emily pour un projet ou un devoir sur un plus long terme, mais en général elle terminait ses devoirs sans trop de difficultés. Les ennuis ont commencé avec son entrée à l’école secondaire. Au lieu d’un seul professeur elle s’est retrouvée avec six professeurs différents par jour, c’est à ce moment que les devoirs sont devenus un gros problème.

Souvent, elle oubliait de noter les instructions pour ses devoirs, de sorte qu’une fois à la maison elle ne savait pas ce qu’elle était sensée faire ou quand l’interrogation allait avoir lieu. Les choses ont commencé à s’accumuler, allant de mal en pis. Elle a pris du retard dans quelques cours et nous avons reçu un mot du professeur nous disant qu’elle avait raté une interrogation et qu’elle devait encore une série de travaux. Nous avons été derrière elle afin qu’elle termine ce travail mais ensuite elle prenait du retard dans un cours ou deux. Chaque année était synonyme de travaux non terminés ou rendus en retard. Aucun de ses professeurs ne semblait comprendre ce qui se passait, elle ne parvenait simplement pas à avoir une vue d’ensemble sur son travail.

« Avoir une vue d’ensemble » est très difficile pour des personnes atteintes de TDA, plus particulièrement lorsque « la vue » en question est aussi complexe que l’école secondaire. Lorsqu’un étudiant passe la majorité de sa journée d’école avec un seul professeur qui le connaît bien, celui-ci pourra contrôler la masse de devoirs attribués à l’étudiant, il lui suggèrera des priorités et lui rappellera les éventuels délais. Si l’étudiant ne prend pas note des instructions, le professeur le remarquera et exigera qu’il le fasse. Les professeurs du cycle inférieur sont conscients de la quantité de devoirs donnés chaque jour aux élèves et peuvent ajuster cette quantité afin que les étudiants ne soient pas écrasés par trop d’interrogations, d’examens et de dissertations le même jour. A l’opposé, dans le secondaire du cycle inférieur et supérieur, les professeurs ne coordonnent pas entre eux les devoirs ou les dates d’interrogations. S’ensuivent alors des gros travaux qui doivent être rendus tous à la même date ou encore plusieurs examens ou interrogations donnés également le même jour.

L’emploi du temps d’un étudiant adolescent n’est pas uniquement sollicité par ses devoirs. Beaucoup d’étudiants font également partie d’équipes sportives, ils doivent donc suivre des entraînements et ont fréquemment des matches, ce qui demande beaucoup de temps et d’énergie. D’autres prennent des cours de musique ou de danse, ce qui requiert un entraînement quotidien. Certains encore appartiennent à des clubs ou suivent des cours d’instruction religieuse après l’école, ils doivent par conséquent consacrer du temps pour l’étude, les projets ou les activités de groupe. D’autres ont des emplois à temps partiels, nécessitant beaucoup d’heures après les cours et les week-ends. Les devoirs et les exigences scolaires se retrouvent ainsi en compétition avec ces activités structurées, en ce qui concerne le temps, l’énergie et l’attention des adolescents.

Un autre domaine d’activité très important dans la vie de beaucoup d’adolescents est la création et le maintien de contacts avec les amis. Cela implique souvent une grande quantité de temps passée chaque jour à parler avec ses camarades durant la journée scolaire, que ce soit en changeant de classe, dans le bus le matin ou au retour de l’école, à la cafétéria ou dans les vestiaires, ou encore après les cours lorsque de petits groupes d’amis se réunissent à l’angle d’une rue, chez un camarade de classe ou au centre commercial.

Parfois les conversations ne se font pas en face à face. Beaucoup d’adolescents passent des heures entières au téléphone chaque jour à parler avec un ou plusieurs amis. Les connections de téléphone moderne rendent même possible les appels de conférence, qui relient plusieurs connections simultanées entre différents appelants. Un autre moyen de communication très prisé par les adolescents est l’e-mail et plus particulièrement la messagerie instantanée. Par cet intermédiaire, beaucoup d’adolescents particulièrement doués en informatique, sont capables de mener de très longues conversations en envoyant juste quelques phrases à la fois. Ces messages, courts ou longs, peuvent à leur tour être renvoyés à d’autres amis afin de partager l’information ou de comparer les commentaires.

Peu importe leurs moyens de communications, le simple fait de comparer leur point de vue – vérifier comment les amis décrivent ou réagissent à des tenues vestimentaires, des commentaires, des échanges ou des alliances de leurs pairs – est crucial pour beaucoup d’adolescents puisqu’ils créent et modifient ainsi leurs propres perspectives. De manière similaire, beaucoup d’adolescents comparent leurs griefs contre leurs parents, leur famille, leurs professeurs, tout comme ils échangent leur enthousiasme ou leur mécontentement sur la musique, les films, les évènements sportifs, les clips musicaux ou les émissions télévisées.

Cet échange d’informations donne aux adolescents l’opportunité de connaître des idées et des point de vue différents, et donc de se définir vis-à-vis des autres et d’apprendre ce qui suscite l’accord, l’enthousiasme ou le rejet chez les amis qu’ils estiment. Toutefois, il est pour ainsi dire impossible pour certains adolescents de freiner ces activités au détriment d’autres activités non moins importantes.

Jim avait pour habitude de passer des heures à rouler à vélo ou à jouer au basket-ball avec ses amis. Ces dernières années, depuis qu’il a entamé l’école secondaire, il reste enfermé dans sa chambre, soit au téléphone soit sur son ordinateur. Ses amis et lui échangent plus d’e- mails en un jour que je n’en reçois en une semaine au bureau. La plupart de ces e-mails ont pour simple but de vérifier l’opinion de l’autre sur ce qui fait que l’on est « cool » ou pas, ou qui a dit qu’un tel ami en aimait bien un autre.

Ce qui m’inquiète c’est qu’il semble prisonnier de cela. Nous avons essayé d’établir des limites pour ce qui est du temps journalier passé au téléphone ou sur son ordinateur car bien souvent il ne fait pas ses devoirs. Il dit que tout le monde fait comme lui, mais je ne pense pas que « tout le monde » reçoive des avertissements sur d’éventuels échecs dans trois cours différents parce qu’ils n’ont pas fait leurs devoirs ou n’ont pas étudié assez pour leurs interrogations. Son père et moi songeons à lui interdire l’usage du téléphone et de l’ordinateur tant que ses notes ne se seront pas améliorées. Mais nous travaillons tous les deux et il nous est pratiquement impossible de mettre cette menace à exécution.

Cette mère se fait du souci quant à la quantité excessive de temps que passe son fils au téléphone ou à envoyer des e-mails à ses amis. Elle réalise en effet que celui-ci ignore complètement ses devoirs à un point tel qu’il est en train d’échouer dans plusieurs matières. Elle remarque pourtant un autre problème auquel doivent faire face de nombreux parents d’adolescents : il est pratiquement impossible pour les parents de contrôler l’emploi du temps de leurs adolescents. Cela est d’autant plus vrai lorsque les deux parents travaillent. Il est très difficile pour les parents d’obliger leurs enfants à consacrer du temps et des efforts à leurs devoirs. Ils peuvent retirer l’ordinateur de leur chambre, déconnecter leur téléphone ou leur accès Internet, cela ne servirait à rien, ils trouveraient d’autres moyens de communiquer après les cours, lorsqu’ils ne sont pas à la maison. Et même si ces distractions sont bel et bien confisquées, cela ne garantit aucunement que l’adolescent investira plus de temps et d’effort dans l’étude.

Les communications quotidiennes d’un adolescent avec ses amis représentent un moyen important de créer, maintenir, modifier et changer d’alliance ; de se protéger d’un éventuel embarras, d’une ridiculisation ou encore d’une isolation ; d’affirmer son statut et ses compétences ; en un mot de se définir. Néanmoins, durant la journée, les heures qui ne sont pas utilisées par l’école sont limitées, et les adolescents sont confrontés chaque jour à la question « Comment vais-je utiliser cette journée ? ». De nombreuses fonctions exécutives sont impliquées dans le processus journalier de l’estimation, l’organisation, l’établissement des priorités, le contrôle, le début et la fin des tâches quotidiennes et des activités. Tout cela est loin d’être simple pour un adolescent, mais ça l’est encore moins pour ceux atteints de TDA.

Sentiments et relations sexuelles

 

Pour beaucoup d’adolescents, particulièrement ceux atteints du syndrome de TDA, se prendre en charge au niveau scolaire et dans leurs activités quotidiennes représente un énorme défi. Toutefois, gérer leurs pensées, leurs sentiments et la façon dont ils se perçoivent représente souvent un défi bien plus important encore. En effet, beaucoup d’entre eux, consacrent plusieurs heures de leur journée à réfléchir à leur apparence physique et sociale : de quoi ont-ils l’air, comment sont-ils perçus par les autres, comment se comparent-ils à leurs pairs. Certaines de ces préoccupations sont liées aux changements physiques engendrés par la puberté ainsi qu’à la sensation nouvelle d’être des être sexuels. Un garçon de quinze décrit son combat quotidien :

Je ne sais pas ce qu’il se passe chez moi. Mon cerveau ne pense qu’au sexe et ça me donne pas mal d’ennuis. Peut-être est-ce parce que j’ai commencé ma puberté bien plus tôt que les autres garçons de ma classe. Je me sens toujours excité à l’école et je me dis : « Est-ce que je vais me masturber dès que j’arrive à la maison ou est-ce que je vais pouvoir résister ? ». Parfois, je résiste mais bien souvent je n’y parviens pas et je me masturbe. Ensuite je fais une sieste. Le soir, j’essaie de faire mes devoirs mais généralement je discute sur Internet avec mes amis. Après je passe une heure ou deux à surfer sur des sites pornographiques et je me masturbe encore. Je me sens alors stupide d’avoir déconné et je n’ai plus envie de faire mes devoirs. J’écoute alors un peu de musique et puis je vais dormir.

Souvent je suis en érection pendant tout le cours d’anglais. Il y a cette fille qui est assise en face de moi. Elle est vraiment canon. Je la regarde tout le temps et je pense à ce que j’ai envie de faire avec elle, même si je n’ai encore jamais rien fait avec qui que ce soit. La semaine dernière après les cours, j’ai chatté en ligne avec un de mes potes et je lui ai raconté quelques trucs que j’avais envie de faire avec cette fille. Il a envoyé mon e-mail à sa petite amie pour lui raconter, et elle l’a à son tour envoyé à la fille en question. Résultat, la fille m’a envoyé un e-mail me disant que j’étais un pervers. Le jour suivant, elle a propagé des rumeurs à mon égard à ses amis. Je n’ai pas pu aller à l’école de toute la semaine, j’étais tellement gêné !

 

Cet étudiant de secondaire, souffrant de trouble de l’attention, décrit ici plusieurs dilemmes importants qui ne sont pas spécifiques aux adolescents souffrant de TDA. Cependant, la difficulté qu’il a de gérer ses problèmes est exacerbée par ses troubles de l’attention. Durant l’école, ses pensées sont presque entièrement consacrées à un combat intérieur entre son envie de se masturber et sa culpabilité et sa honte de se masturber. Bien que beaucoup d’adolescents souffrent eux aussi du même dilemme, qui peut occasionnellement s’immiscer dans leur travail scolaire, pour ce jeune homme il est impossible de stopper ces préoccupations, ce qui entraîne donc son incapacité à rester attentif et à prendre des notes pendant la plupart des cours. Il a également beaucoup de devoirs en retard parce qu’il est incapable de remettre à plus tard son envie de surfer sur des sites pornographiques et de se masturber. Son problème n’est pas uniquement le temps passé à ces activités, mais aussi ce sentiment « d’avoir déconné » qu’il éprouve après chaque acte de masturbation. Il illustre très bien les observations de John Gagnon et de William Simon (1973) :

Il existe très peu de preuves qu’il y ait eu une diminution quelconque de l’anxiété liée à l’acte masturbatoire par les jeunes qui commencent leur vie sexuelle…c’est l’existence de cette anxiété de la masturbation qui étaie notre croyance expérimentale, à savoir que la libido est une force extrêmement puissante. Nous pensons vivre une expérience biologique puissante alors qu’en fait c’est la culpabilité et l’anxiété associée à l’excitation identifiée comme étant sexuelle, qui provoque notre sensation d’intensité. (p.56)

 

Beaucoup d’adolescents (et d’adultes) luttent avec leurs préoccupations sexuelles et avec leur sentiment de culpabilité quant à leur activités sexuelles, réelles ou imaginaires. Mais ceux souffrant de TDA ont beaucoup plus de mal à gérer ces sentiments et ces émotions que leurs pairs. Il est en effet beaucoup plus difficile pour eux de compartimenter ces sentiments et de se concentrer sur les tâches nécessaires, comme le font les personnes de leur âge.

Le rapport de ce garçon souligne également les risques sociaux associés au développement sexuel chez les adolescents. Il a partagé, de manière impulsive, à l’aide de la messagerie instantanée, les détails de ses fantasmes à propos de cette fille rencontrée au cours d’anglais. Son ami, lui aussi atteint de TDA, a également réagit de manière impulsive et a renvoyé cet e-mail à sa petite amie, qui l’a renvoyé à son tour à la fille en question. En conséquence, le garçon, trop embarrassé et honteux, n’a pu se résoudre à aller à l’école pendant une semaine.

Deux aspects de cette révélation sont à l’origine de l’humiliation de l’étudiant. Tout d’abord, il s’attendait, à juste titre, à la moquerie de ses camarades pour avoir confessé s’être masturbé, activité à laquelle adhèrent nombre d’adolescents bien que peu le reconnaissent. Ensuite, il s’est senti embarrassé que ses camarades de classe constatent le contraste entre ses fantasmes sexuels et son manque d’expérience en la matière. Beaucoup d’adultes ont peur que les adolescents deviennent sexuellement trop agressifs, toutefois ils ignorent combien il est difficile pour ces jeunes de commencer à partager une intimité sexuelle avec un partenaire.

La vulnérabilité des adolescents, dans leurs craintes d’être rejeté par un partenaire potentiel et le risque d’être humilié si celui-ci parle aux autres de son manque d’assurance ou d’aptitude, est difficile à évaluer. Pour ceux souffrant de TDA, gérer la peur d’être ridiculisé par ses pairs et les incertitudes des rendez-vous amoureux, à savoir qui inviter à sortir et comment agir durant les rendez-vous ou durant les échanges sexuels, peut être très difficile, encore plus que pour les autres jeunes de leur âge.

Pour certains adolescents souffrant de TDA, les relations sexuelles peuvent être un moyen de compenser leurs frustrations rencontrées à l’école et dans d’autres aspects de leur vie. Une très jolie jeune fille souffrant de TDA dit ceci :

Mes parents m’ont envoyé dans cette école privée dès ma troisième année car ils me savaient intelligente même si j’avas beaucoup de problèmes à l’école. Ils pensaient que ce serait mieux pour moi car les classes étaient plus petites, mais ils ignoraient que les cours étaient beaucoup plus durs qu’à l’école publique. Plus de devoirs et plus d’interrogations. Je n’avais pas de bonnes notes en deuxième année, mais en troisième c’était pire encore. J’avais beau travaillé dur, mon bulletin scolaire était rempli de D et de F. Au cours du quatrième trimestre, j’ai été renvoyée parce que j’avais triché à mon interrogation d’histoire. Je suis donc retournée à l’école publique. Au début, je détestais. Mais ensuite, j’ai rencontré Mike, un étudiant d’une classe supérieure. Il était beau, capitaine de l’équipe de football et co-capitaine de l’équipe de baseball. Il n’était pas premier de sa classe mais il avait des notes correctes. En plus, il avait une voiture avec une sonorisation incroyable. Quand j’ai commencé à sortir avec lu, j’ai commencé à avoir beaucoup d’amis.

J’étais déjà sortie avec quelques garçons auparavant, mais jamais avec quelqu’un de si âgé. Mes parents m’ont dit qu’il était trop vieux pour moi et ne voulaient plus que je le voie. Mais j’ai tout de même continué à le fréquenter. Il ne venait simplement pas à la maison. Je disais à mes parents que j’allais chez une copine et en fait, je sortais avec lui. Au début, je n’étais pas trop à l’aise avec la marijuana et les bières ; je n’avais jamais fait ça avant. Mais après, ça m’a détendue et j’ai vraiment beaucoup apprécié faire la fête avec Mike et ses amis. Ensuite, cet été là, je suis tombée enceinte. Je m’en suis rendue compte un peu avant que Mike n’aille à l’université. Je prenais la pilule mais parfois j’oubliais de la prendre.

 

Au moment de cet incident, le syndrome du TDA n’avait pas encore été diagnostiqué chez cette jeune fille. Comme pour beaucoup d’étudiants souffrant de TDA, elle a rencontré des difficultés à l’école et s’est rendue compte que même si elle travaillait dur, elle obtenait des notes décevantes pour elle et pour ses parents qui dépensaient beaucoup d’argent pour lui procurer une meilleure éducation. Dans un tel cadre compétitif, les étudiants ayant de mauvaises notes se sentent souvent humiliés. En effet, leurs camarades de classe et leurs professeurs sont les témoins de leur incapacité à gérer la charge des devoirs, les discussions en classe et les interrogations. Quand elle a été surprise en train de tricher, cette jeune fille s’est sentie humiliée par l’expulsion qui s’en est suivi, résultat des ses efforts désespérés mais peu judicieux, pour obtenir de meilleures notes. Elle a ensuite été confrontée à la tâche embarrassante de devoir répondre aux questions de ses amis, des ses connaissances, de sa famille et de ses voisins. Tous voulaient connaître la raison de son transfert, à mi-semestre, d’une prestigieuse école privée vers une école publique. Elle dit,

 

J’avais l’impression d’avoir un grand « T » pour « tricheuse » et un grand « R » pour « rejetée » imprimés sur le front. Les élèves de ma nouvelle école n’arrêtaient pas de me demander pourquoi je venais ici maintenant. Je ne pouvais pas répondre que je venais d’emménager, parce que certains d’entre eux me connaissaient déjà de l’école primaire. J’ai essayé de leur dire que je n’aimais pas l’autre école, mais tous se doutaient que c’était parce que j’avais été renvoyée.

Cette fille était extrêmement vulnérable au moment où elle essayait de se frayer un chemin au sein du réseau social de cette école secondaire publique et ce pour deux raisons : elle était confrontée quotidiennement, depuis des semaines, à son échec dans une école réputée et elle s’est trouvée incapable de satisfaire ses aspirations et celles de ses parents qui devaient, tant bien que mal, continuer à payer les frais élevé de scolarité. Un montant qui restait à payer au moment de son expulsion. Etant très jolie, elle a attiré l’attention d’un garçon plus âgé. Elle s’est alors sentie valorisée et estimée par ses camarades de classe qui appréciaient et respectaient ce garçon. Lorsque ses parents, voulant la protéger, lui ont interdit de le voir, elle a eu recours au mensonge pour pouvoir continuer cette relation.

La signification de cette nouvelle relation était compliquée. Non seulement cette fille est devenue très appréciée par ses pairs pour avoir été choisie par ce garçon plus âgé et populaire, mais elle a également été accueillie par ses amis à lui et conviée à leurs fréquentes fêtes. Intelligente, compréhensive et s’exprimant avec facilité, elle est devenue une confidente pour son petit ami qui essayait doucement de se remettre du décès de son père. La mère de celui-ci ainsi que ses amis lui disaient souvent que son soutien lui avait permis de faire son deuil. Elle s’est donc sentie utile et valorisée par son petit ami, sa mère ainsi que par beaucoup de ses amis. Leur chaleur et leur gratitude ont servi d’antidote à son sentiment d’échec et de honte. Par conséquent, cela l’a poussé à continuer à tenir tête à ses parents qui lui demandaient de rester plus souvent à la maison et d’étudier afin de réussir à l’école.

Cette fille nous dit aussi que boire de la bière et fumer de la marijuana la mettaient mal à l’aise au début. Cependant, elle a vite appris à apprécier ses propriétés relaxantes ainsi que les relations sociales qui y étaient attachées. Elle dit qu’elle aimait beaucoup aussi les petits gestes sexuels de son petit ami, qui se sont développés jusqu’à devenir une véritable relation sexuelle, appréciée par les deux protagonistes. Le fait qu’elle oubliait de prendre régulièrement ses pilules contraceptives, prescrites par une clinique, est probablement lié aux problèmes de mémoire du TDA, mais sans doute aussi à l’espoir que si elle tombait enceinte accidentellement, il abandonnerait ses projets d’université, resterait avec elle et s’impliquerait dans leur relation, choisissant alors plutôt une université dans la région.

L’expérience sexuelle précoce de cette jeune fille ainsi que sa grossesse hors mariage rejoignent le schéma de l’étude longitudinale des enfants hyperactifs faite à Milwaukee par Russell Barkley (1998). Il a suivi 158 enfants hyperactifs et 81 contrôles appariés pendant plus de 14 ans. Durant cette période, Les enfants atteints de TDAH sont devenus actifs sexuellement plus tôt que le groupe contrôle (15 ans au lieu de 16 ans), ont connu un nombre plus élevé de partenaires sexuels (19 contre 7), ont eu très peu recours aux méthodes contraceptives, ont été plus enclins à attraper une maladie sexuellement transmissible ainsi qu’à développer une grossesse (38% contre 4%). Ces résultats sont liés aux adolescents qui ont été hyperactifs étant enfants ; la plupart des sujets hyperactifs présentaient le critère DSM-III-R du TDAH. Le schéma des conduites à hauts risques n’a pas été évoqué pour les adolescents souffrant de TDAH pour qui l’hyperactivité n’avait pas été diagnostiquée dans leur enfance, ces conclusions ne peuvent donc pas s’appliquer à tous les adolescents atteints de TDAH. Cependant, l’étude de Russel Barkley coïncide fortement avec l’expérience de cette jeune fille.

Cela serait bien trop simpliste de dire que l’échec scolaire de cette fille, son manque d’estime pour elle-même, ses mensonges, son éloignement d’avec ses parents ainsi que sa grossesse hors mariage, sont tous liés directement au syndrome du TDA. Plusieurs éléments ont en effet influencés cette situation difficile. Pourtant, l’on ne peut tout à fait écarter l’hypothèse que la vie de cette jeune fille aurait été bien moins pénible si le syndrome du TDA avait été diagnostiqué et ensuite soigné bien plus tôt au cours de sa carrière scolaire. Au lieu de cela, elle n’a été examinée, diagnostiquée et soignée qu’après son avortement et le départ de son petit ami pour l’université. Elle a parfaitement bien réagit au traitement prescrit et a pu ainsi terminer ses études avec de très bonnes notes. Deux ans plus tard, elle nous dit :

Quand je vois combien ces médicaments m’aident à me concentrer et comment mes notes sont aujourd’hui bien meilleures avec seulement 60% des efforts que je fournissais auparavant pour avoir des notes très mauvaises, je m’interroge vraiment. Je me demande si les choses n’auraient pas été différentes si mon TDA avait été diagnostiqué dès le début de mes études secondaires. Je parie que j’aurais été aussi bonne que les autres élèves de cette école si j’avais pris ces médicaments à ce moment là. Et je me demande où j’en serai aujourd’hui si ça avait été le cas.

Une autre question qui pourrait être soulevée est la suivante : «  Où en serait cette jeune fille aujourd’hui si son syndrome du TDA n’avait pas été diagnostiqué et soigné ? » Elle est allée en consultation car elle était terriblement déprimée et qu’elle consommait, à forte dose, alcool et marijuana. Elle n’est pas venue se faire soigner directement après son avortement, mais bien des mois plus tard, après le départ de son petit ami pour l’université. Pour certains, son abus de substances pouvait être lié à son deuil face à l’avortement. Pour d’autres, ce n’était qu’une simple dépression chez une étudiante dont le petit ami était parti pour l’université. Il a fallu attendre une étude plus approfondie pour comprendre que tous ces échecs étaient causés par un TDA jamais soigné, accentuant ainsi de manière considérable son expérience douloureuse du deuil et faisant obstacle à son succès. Les liens entre le syndrome du TDA, la réussite scolaire, les relations familiales, la sexualité naissante, les relations de couples, l’abus de substances et l’estime de soi, bien que très complexes et subtiles, peuvent être extrêmement puissants.

Travailler pour gagner de l’argent et conduire une voiture

Un garçon de dix-huit ans, accompagné de sa mère, est venu en consultation. Il était étudiant en dernière année dans une école secondaire technique. Il avait été envoyé par celle-ci parce que ses notes dégringolaient dangereusement dans la partie théorique de ses cours en atelier. Il se spécialisait en arts culinaires. L’école disait que durant les deux dernières années, ce garçon était constamment décrit par son professeur de pratique comme étant « le meilleur étudiant en arts culinaires qu’il avait jamais eu. C’est un cuisinier hors pair mais il ne fait jamais ses devoirs et n’étudie jamais pour ses interrogations. »

Le questionnaire d’évaluation n’avait pas encore commencé que d’emblée le garçon me tendait un paquet de fiches de paie accumulées durant les trois dernières années et provenant de son travail dans un restaurant local. Il dit,

Peu importe ce qu’ils vous disent dans ces rapports scolaires, je veux que vous sachiez que je suis un très bon employé et un très bon cuisinier. Je travaille trente heures semaines dans la cuisine de ce restaurant ; j’y suis tous les jours. Et quand il n’y a pas école, j’y travaille encore plus. J’ai commencé à la plonge, ensuite j’ai été commis de cuisine et aujourd’hui je fais partie des chefs. A part mon professeur, j’en connais plus sur la cuisine que n’importe quel autre étudiant de ma classe.

Mon patron vous le dira. Je suis l’un de ses meilleurs employés. Je suis toujours ponctuel et je ne rechigne pas à travailler tard. J’aime mon boulot et je suis très bon. Cela paie plutôt pas mal aussi. Mes fiches de paie en témoignent, tout comme cette voiture que vous apercevez là-bas, dans le parking. J’ai acheté ce pickup avec mon propre argent, que j’ai gagné en travaillant dans ce restaurant ! Maintenant ils disent que je ne peux pas avoir mon diplôme parce que je ne fais pas ces devoirs ridicules. Cela n’a rien à voir avec le fait de savoir cuisiner et cela n’a rien à voir non plus avec la vraie vie.

Mihrab Csikszentmihalyi et Barbara Schneider (2000) ont étudié pendant cinq ans une centaine d’adolescents durant leur période de transition de l’école à la vie active. Il en est ressorti que bien que la plupart des adolescents aient, à la fin de leurs études secondaires, déjà travaillé comme baby-sitters, maîtres nageurs ou serveurs dans un fast-food, très peu d’entre eux avaient acquis de l’expérience dans des métiers à caractère vocationnel. Ce jeune homme exceptionnel était, à juste titre, très fier de sa capacité de fonctionner dans le monde du travail. Contrairement aux pairs de son groupe, il avait déjà développé et redéfini beaucoup de compétences pratiques directement applicables à son métier. Il conduisait également avec fierté son véhicule, qu’il avait lui-même entièrement payé. Ce n’était pas uniquement un moyen de transport mais c’était la preuve indéniable de ses talents à gagner de l’argent. Pourtant, même si son expérience du travail lui rapportait argent et fierté, cela avait eu des effets déplorables sur son travail scolaire ainsi que sur son attitude envers l’école.

L’évaluation démontra que ce jeune cuisinier était très intelligent mais qu’il répondait en tous points aux critères du TDAH. Il avait été frustré durant toute sa scolarité par des difficultés régulières à rester attentif pour des devoirs qui demandaient des efforts d’écriture et de lecture. Bien qu’il fût très doué pour organiser son travail en cuisine et pour rester attentif et concentré face la vigilance que demandaient la préparation et le dressage de plusieurs plats simultanément, il avait d’énormes difficultés à organiser son travail scolaire, les compréhensions à la lecture ou encore les problèmes mathématiques lui donnaient du fil à retordre, il avait également beaucoup de mal à retenir ses leçons. Son emploi à temps partiel avait compensé la frustration et le malaise qu’il ressentait habituellement en classe. Cependant, à quelques mois de l’obtention de son diplôme, ses talents culinaires ne changeaient en rien le fait que cette récompense lui serait refusé s’il n’obtenait pas de bonnes notes dans ces différentes matières. Pour y parvenir, il lui était nécessaire de suivre un traitement pour le syndrome du TDA qu’il traînait avec lui depuis si longtemps.

Pour beaucoup d’adolescents, le travail n’est pas si productif qu’il l’était pour ce jeune cuisinier. Ellen Greenberger et Laurence Steinberg (1986) ont étudié des étudiants de 4 ème et de 5 ème secondaire, ayant un emploi à temps partiel avec un échantillon d’adolescents qui n’avaient jamais eu un travail stable. Elle conclurent que :

Le travail des adolescents est aujourd’hui, en majorité, totalement différent du type de travail que feront les adolescents à l’avenir. Jadis motivé par les besoins économiques familiaux et communautaires, travailler représente aujourd’hui pour beaucoup d’adolescents un « luxe » dont ils sont les seuls et uniques bénéficiaires. Le lieu de travail, jadis un endroit où les générations exécutaient côte à côte les mêmes tâches, est aujourd’hui devenu un bastion d’adolescents, séparé en tranches d’âge différentes…une implication excessive à un emploi pourrait constituer une entrave au développement car les adolescents dépenseraient trop de temps et d’énergie dans un rôle trop contraignant et impliquant des tâches trop simples, sans réel défi et sans rapport aucun avec leur avenir.

Le jeune cuisinier était, en plusieurs points, une exception à ces observations. Son travail le plaçait en situation d’apprentissage où il apprenait les rouages du métier en travaillant en collaboration avec un chef expérimenté. Ce travail évolua et son emploi à temps partiel le conduisit à être immergé dans un travail qui lui promettait une carrière satisfaisante. Un tel travail est très différent de celui de nombreux adolescents, qui servent des hamburgers dans des fast-foods ou travaillent dans des vidéothèques. Toutefois, toutes ces heures passées au travail lui on accaparé le temps et l’énergie que nécessitait son travail scolaire, l’empêchant ainsi de relever les défis nécessaire à l’obtention de son diplôme.

Le pick-up que ce jeune cuisinier s’était acheté avec son propre argent était pour lui une grande fierté, toutefois, il avait également un impact négatif sur sa scolarité, et ce, de différentes façons. Tout d’abord, la voiture coûtait énormément d’argent, non seulement au niveau de son prix d’achat initial mais aussi en matière d’assurance, d’essence, des améliorations éventuelles à y apporter et des réparations non prévues. Bien que l’idée de ne pas obtenir son diplôme le rendait malheureux, ce jeune cuisinier prétendait qu’il ne pouvait pas réduire ses heures de travail, même de manière temporaire, car il avait besoin d’argent pour payer les nouveaux pneus qu’il avait déjà achetés ainsi que pour la réparation imminente de la transmission de sa voiture.

Ensuite, le fait de posséder son propre véhicule diminuait considérablement le contact entre lui et ses parents. Il était rarement à la maison pour les repas, il allait lui-même en voiture à l’école et au travail, et pendant son temps libre, il utilisait sa voiture pour aller voir des amis. Sa mère disait voir son fils très peu et n’avait donc pas beaucoup d’occasions de discuter avec lui de l’école, de son travail ou de quoi que ce soit d’autre. Elle disait : « Depuis qu’il perçoit son propre salaire, qu’il paie ses propres factures et qu’il n’a plus besoin d’emprunter ma voiture, il se sent indépendant, il pense pouvoir faire un peu près tout ce dont il a envie. Je n’ai plus beaucoup d’autorité sur lui à présent. »

Cependant, les parents des adolescents n’ayant pas d’emploi et ne possédant pas leur propre voiture, ressentent souvent également une grande perte de contrôle sur leurs enfants, filles et garçons et ce, dès l’obtention de leur permis de conduire. C’est une des raisons principales pour laquelle la plupart des adolescents se réjouissent d’obtenir ce petit document plastifié les autorisant légalement à conduire une voiture. Le permis de conduire les autorise donc à laisser derrière eux les contraintes de l’enfance et à entrer dans le monde privilégié des adultes. Pour beaucoup de parents par contre, cette transition est synonyme d’angoisse et d’impuissance.

Ils continuent peut-être à exercer leur pouvoir sur l’adolescent, à savoir s’il peut utiliser la voiture et quand il peut l’utiliser, mais dès que l’adolescent se retrouve derrière le volant, et qu’il n’est pas accompagné d’un parent, la conduite repose entièrement sur ses épaules. Certains adolescents sont prudents et sont de très bons conducteurs, mais la plupart ne le sont pas. L’augmentation des taux d’assurance pour les conducteurs âgés de moins de vingt-cinq ans prouvent que, en tant que groupe, ces adolescents et jeunes adultes moins expérimentés ont plus d’accidents avec des conséquences plus coûteuses que la plupart des conducteurs âgés de plus de vingt-six ans.

Pour les adolescents et les jeunes adultes souffrant du syndrome de TDA, la conduite d’un véhicule représente non seulement les mêmes défis et les mêmes satisfactions que pour les personnes de leur âge, mais aussi des obstacles supplémentaires. Dans une série d’études sur les jeunes conducteurs souffrant de TDAH, Russell Barkley (1993) et ses confrères (1996,2002) ont découvert que ceux souffrant de TDAH rencontraient de nombreux problèmes dans la conduite d’un véhicule motorisé. Dans une étude comparant les adolescents et les jeunes adultes souffrant de TDAH au contrôles appariés, tous avec une nombre d’années d’expérience en conduite identique, Barkley s’est aperçu que ceux faisant partie de l’échantillon de TDAH ne différaient pas beaucoup, au niveau du sexe ou de sous-type de TDAH, dans leurs aptitudes à conduire ou dans leur expérience ; par contre ils différaient clairement du groupe de contrôle non-TDAH. Les chiffres officiels démontrent que les personnes souffrant de TDAH ont un nombre plus élevé de contraventions, de suspensions/révocations du permis de conduire, et d’amendes pour excès de vitesse.

De plus, bien que la plupart des membres des deux groupes, TDAH et groupe contrôle, aient reçu au moins une amende pour excès de vitesse et aient été impliqué dans au moins un accident de voiture, en tant que conducteur, il y avaient des différences considérable entre les deux groupes au niveau de leur degré de problèmes de conduite. Beaucoup plus d’adolescents issus du groupe TDAH disaient avoir conduit illégalement avant d’avoir leur permis de conduire ; avoir reçu une dizaine de contraventions diverses, avoir reçu cinq ou plus amendes pour excès de vitesse, avoir reçu une suspension ou une révocation de leur permis de conduire, et avoir été impliqué dans au moins trois accidents de la route. Des conclusions semblables ont été relevées par Shyamala Nada-Raja et ses confrères (1997) dans leur étude épidémiologique effectuée sur 916 adolescents en Nouvelle Zélande. L’étude a également démontré que les femmes souffrant de TDAH risquaient tout autant que les hommes d’être impliquées dans des accidents graves et de souffrir de capacités de conduites affaiblies.

Ces données montrant que les adolescents et les jeunes adultes courent un risque plus important de commettre des infractions de la circulation et des accidents de voiture, ne sont dès lors pas étonnantes lorsque l’on considère tout ce que la conduite requiert aux fonctions exécutives.

Quitter la maison

Bien qu’obtenir son permis de conduire et conduire une voiture soient des étapes importantes dans le parcours d’indépendance de l’adolescent, son départ du nid familial pour aller vivre à l’université ou dans son propre appartement représente une étape encore plus importante. Il serait difficile d’évaluer l’amplitude du changement que cette transition demande à un adolescent. Mais pour ceux souffrant de TDAH, cette séparation de tout contact journalier avec leurs parents est d’autant plus difficile. A aucun moment de la vie, une personne moyenne n’est confrontée à de si nombreux changements, dans de si nombreux d’aspects de sa vie, d’un seul coup, et avec si peu de références auxquelles se rattacher.

Comme la plupart de mes amis, j’avais vraiment hâte d’aller à l’université. Pendant la dernière année et jusqu’à la remise des diplômes, tout le monde faisait part de son impatience de quitter l’école secondaire, avec ses cours ennuyeux et ses règlements ridicules ; nous avions hâte de quitter nos parents qui passaient leur temps à nous surveiller – « As-tu fait tes devoirs ? » «  Est-ce que tu as bu à ta soirée d’hier ? » – et qui établissaient des stupides couvre-feu durant les week-ends. Pour nous, l’université était synonyme de liberté, un endroit où vous vous prenez en charge et où personne ne vous surveille.

Quand je suis arrivé sur le campus, je me suis senti bien mais en même temps c’était très étrange. Personne ne se souciait de l’heure à laquelle j’allais dormir, de l’heure à laquelle je me levais et de mon envie d’aller au cours ou pas. Souvent le soir j’allais boire des bières avec des types de mon dortoir et je fumais de l’herbe sur le chemin du retour. Une fois dans ma chambre, je pouvais surfer sur Internet aussi longtemps que j’en avais envie et je m’effondrais à trois ou quatre heures du matin. J’étais alors bien trop fatigué pour me rendre aux cours le matin. En général, je dormais jusque midi. Ensuite, la plupart du temps, je me sentais aussi trop fatigué pour aller aux cours de l’après-midi. Au bout d’un moment, j’ai simplement arrêté d’aller aux cours. J’étais irrémédiablement en retard dans mes cours. C’est comme cela que j’ai échoué à tous mes cours et que j’ai été renvoyé de l’université à la fin de l’année. Cela été un choc pour mes parents parce qu’ils n’avaient jamais vu mes notes et, jusqu’à ce qu’ils reçoivent une lettre de l’université en juin, je leur disais sans cesse que c’était difficile mais que je m’en sortais bien.

 

Ce garçon avait été un très bon élève dans une école très difficile. Il avait pris deux cours donnant droits à des équivalences durant sa dernière année, avec de bons résultats dans chacun d’eux. Il était très bon athlète et avait remporté des « varsity letters » en football et en natation. Bien qu’un peu timide, il avait quelques amis à l’école ainsi qu’au groupe de jeunesse de son église. Au cours de sa première année secondaire, ce garçon avait rencontré quelques difficultés scolaires qui avaient conduit au diagnostic du syndrome de TDAH et à une médication adéquate. Un traitement qu’il avait suivi durant toutes ses années d’étude secondaire en accord avec ses parents car ils pensaient que cela lui était d’une grande aide. Il avait emporté une réserve de médicaments à l’université mais oubliait fréquemment de les prendre. Il expliquait : « Je pense que je devais être habitué à ce que ma mère les disposaient devant moi chaque matin. Quand j’ai du le faire moi-même, j’oubliais quasi tous les jours. »

Ce jeune homme avait été dépendent de ses parents, pas uniquement dans la prise de ses médicaments, mais aussi pour différents aspects dont il n’avait pas conscience. Durant toute sa scolarité, malgré ses plaintes, il dépendait de ses parents qui limitaient son temps passé à surfer le soir sur Internet et à le sommaient d’aller dormir tôt afin qu’il ne soit pas fatigué pour ses cours du lendemain. Il disait que parfois ses parents le « conseillaient » de manière explicite, par exemple en le grondant quand il allait dormir trop tard ou en le réveillant lorsqu’il n’entendait pas le réveil sonner. Mais il remarquait que l’influence de ses parents sur son comportement se faisait de manière souvent indirecte, sans qu’ils interviennent vraiment.

Même s’ils ne me disaient rien, je savais ce qu’ils pensaient que je devais faire, par le simple fait de savoir qu’ils vivaient à la maison avec moi et qu’ils seraient inquiets si je ne me réveillais pas un matin pour aller à l’école. Ou encore qu’ils seraient vraiment très déçu s’ils recevaient un coup de fil d’un professeur leur disant que je n’avais pas rendu un travail important. Ce n’est pas qu’ils avaient vraiment de pouvoir sur moi ou qu’ils me puniraient. C’est plutôt leur présence, et le fait qu’ils puissent savoir ce que j’étais en train de faire ou qu’ils découvrent si j’avais déconné, qui me poussait à faire ce que je savais devoir faire. C’est comme si le fait qu’ils étaient près de moi me poussait à agir de la bonne manière. Quand je me suis retrouvé à l’université, j’étais incapable de me motiver à faire ce que je devais, au moment opportun. J’étais seul et je ne pouvais compter que sur moi-même, personne d’autre ne savait vraiment ce que j’étais en train de faire ou s’en fichait.

Pour quelques adolescents, la source principale de leur soutien émotionnel et social, n’est pas leurs parents, mais un partenaire amoureux, un frère ou une sœur plus âgée, ou encore un ami proche. A l’approche de leur remise de diplôme, beaucoup d’étudiants de secondaire, atteints ou non du syndrome de TDA, s’inquiètent et sont triste à l’idée de perdre leur réseau d’amis sur lesquels il peuvent compter pour recevoir un peu de sympathie, d’encouragement, d’aide scolaire, de conseil et d’amitié. Ils savent qu’ils peuvent rester en contact grâce aux e-mails, au téléphone et aux visites occasionnelles, mais ils savent aussi qu’après la remise de diplôme ce ne sera plus pareil. Alors que certains étudiants de secondaire font part de leurs difficultés à quitter la maison, d’autres sont très surpris de constater à quel point ce sentiment se trouve exacerbé.

Un étudiant de dernière année secondaire, en traitement pour le syndrome de TDA en a fait l’expérience. Il est allé en consultation peu de temps après être arrivé aux urgences en ambulance suite à des douleurs à la poitrine qui lui ont fait craindre une crise cardiaque.

Ma petite amie et moi nous étions dans la maison de ce garçon avec d’autres étudiants de dernière année. Nous avions terminé de remplir nos formulaires d’inscription pour l’université et nous avons fêté ça avec une pizza et du coca. C’était notre dernier jour pour les remettre au conseiller d’orientation afin qu’il les envoient. Juste après que nous soyons arrivés à la maison avec la pizza, j’ai ressenti cette forte douleur à la poitrine et je n’arrivais plus à respirer. Je suis un bon athlète avec une bonne condition physique et j’ai déjà poussé mes limites très loin en compétition, mais je n’avais jamais rien ressenti de la sorte. J’ai pensé que j’allais mourir. Mes amis ont appelé l’ambulance et on m’a emmené à l’hôpital. J’ai passé des examens pendant environ cinq heures. Après tout cela, les médecins m’ont dit que je faisais une crise de panique et pas une crise cardiaque. Je ne comprends pas comment c’est possible parce que je ne me sentais pas du tout inquiet à propos de quoi que ce soit.

 

Après plusieurs conversations avec ce jeune homme, la raison de sa crise de panique est devenue moins mystérieuse. Bien qu’il ne se rendait pas compte de souffrir de soucis particuliers, il réalisa petit à petit que le fait de remplir ses formulaires de candidatures pour l’université et de les envoyer avait déclenché beaucoup de peurs enfouies. La plus grande était celle de devoir se séparer de sa petite amie.

Je ne peux pas m’imaginer être sans elle. Nous sortons ensemble depuis presque trois ans et nous faisons tout ensemble. Toutes les universités auxquelles j’ai postulé se trouvent toutes à deux heures d’ici, mais elle n’a pas encore terminé ses études secondaires donc elle restera ici quand je serai parti. Même si nous nous sommes dit que nous ne nous quitterons jamais, j’ai vu d’autres couples semblables au nôtre qui disaient la même chose et qui ensuite se sont séparé avant Thanksgiving parce que vivre dans chacun dans deux mondes si différents était trop difficile à gérer. Je ne peux pas m’imaginer qu’elle sorte avec quelqu’un d’autre, c’est au-dessus de mes forces.

De plus, je ne sais pas si j’arriverais à bien faire mon travail sans elle. Elle est plus intelligente que moi, elle m’aide toujours à étudier pour mes interrogations et à écrire mes dissertations. Elle est fâchée contre moi si je n’obtiens pas de bonnes notes à toutes les matières. Et tous les soirs, nous parlons au téléphone pendant au moins une heure pendant que je suis chez moi, au lit, et ce même si nous avons passé toute la journée ensemble, de la fin des cours jusqu’à ce que nous rentrions à la maison. C’est presque comme si nous étions mariés.

 

Ce garçon prenait des médicaments qui l’aidaient pour son syndrome du TDA, mais ce n’était pas un très bon étudiant, il était en effet très dépendant de sa petite amie pour l’organisation quotidienne de ses devoirs. Elle l’aidait à le faire réciter pour ses interrogations et elle l’encourageait pour qu’il se surpasse toujours plus en sport, même lorsque les performances de l’équipe en général n’étaient pas très bonnes. Pendant plusieurs années, il a passé beaucoup plus de temps avec elle qu’avec ses parents ou n’importe qui d’autre encore. L’idée de devoir vivre sans elle, ne fut-ce qu’à deux heures à peine d’où elle vivait, de devoir fonctionner sans son soutien constant, était pour lui très effrayant et il n’en a vraiment pris conscience que lorsqu’il a exploré les raisons de sa crise de panique.

Bien que beaucoup d’étudiants souffrant du syndrome du TDA rencontrent des difficultés à passer de l’école secondaire à l’université parce qu’ils ont plus besoin de l’encouragement quotidien de leurs parents, de leurs petit(e) ami(e) s, ou autres, que la plupart de leurs amis, certains éprouvent des difficultés face à cette transition parce que d’autres personnes dépendent d’eux. Cette jeune fille en dernière année secondaire avait toujours eu des notes excellentes depuis le début de ses études secondaires, au moment où le syndrome du TDA avait été diagnostiqué pour la première fois. Depuis lors, elle était sous médication, ce qui semblait bien fonctionner pour elle. Très intelligente, elle travaillait dur et était première de sa classe à chaque bulletin semestriel. Cela été un grand choc pour elle et ses professeurs lorsque ses notes ont chuté dans tous ses cours durant le premier semestre de sa dernière année secondaire. Elle dit :

Je ne comprends pas ce qui ne va pas chez moi. Depuis le deuxième trimestre de cette dernière année, je ne parviens plus à suivre en classe. Je continue à lire beaucoup mais rien de ce que je lis n’est nécessaire à mes devoirs. J’ai pris du retard dans tous mes cours, même pour les gros travaux importants. Pour quelques interrogations, je n’ai pas trop de problème parce que j’écoute bien en classe, mais si l’interrogation demande une vraie préparation, je n’y parviens pas parce que je n’y suis pas préparée. Certains de mes professeurs sont perplexes et d’autres sont vraiment fâchés contre moi. Chaque soir, je rentre à la maison avec l’intention de faire mes devoirs, et chaque soir je les remets à plus tard ou je n’en fais que la moitié et parfois je ne fais rien du tout. Il en va de même pour mes candidatures à l’université. Elles doivent toutes être faites dans moins d’un mois et je n’ai même pas encore commencé. Peut-être ne suis-je tout simplement pas encore prête à aller à l’université.

 

En parlant un peu plus de son dilemme, cette jeune fille extrêmement intelligente, décrit un environnement familial jouant un rôle important dans son incertitude face à l’université. De part son travail, son père était amené à voyager régulièrement, souvent pour plusieurs nuits d’affilée. Sa mère avait un long passé de dépression. Un jour, elle a même dû être hospitalisée après une tentative de suicide. En tant que fille unique, cette jeune fille ressentait une responsabilité énorme vis-à-vis de sa mère.

Chaque soir, elle aidait sa mère à préparer le dîner. Ensuite, elle passait minimum une heure avec elle à regarder la télévision et à discuter des informations. Avant de se retirer dans sa chambre, elle passait encore du temps auprès de sa mère et parlait avec elle de ce qui s’était passé à l’école ou encore du livre qu’elle était en train de lire. Ces interactions procuraient beaucoup de bonheur à sa mère, laquelle souriait rarement sauf lorsqu’elle était en compagnie de sa fille. Au fur et à mesure que la jeune fille débutait sa dernière année et discutait de ses projets d’université, il lui a semblé que sa mère devenait de plus en plus dépressive.

Bien que la mère encourageait explicitement sa fille dans ses projets d’université, sa dépression sous-jacente effrayait sa fille. Celle-ci craignait en effet que son départ pour l’université rendrait sa mère si triste qu’elle pourrait de nouveau penser au suicide. Cette jeune fille se sentait profondément coupable de décevoir ses parents et ses professeurs avec ses mauvaises notes mais elle était encore plus effrayée à l’idée d’abandonner sa mère qui avait tant besoin d’elle. Son compromis peu judicieux a été d’échouer à l’école et donc de rester à la maison. Bien que les adolescents souffrant de TDA ont très souvent besoin des autres pour être encouragés et ce, beaucoup plus que la plupart de leurs amis, parfois ils sont aussi une source importante de soutien pour les autres, leurs familles ou leurs amis. Ces possibilités peuvent aller de pair.

Fonctions exécutives impliquées dans les tâches de l’adolescence

 

Les défis engendrés par le développement décrits dans ce chapitre ne représente qu’une infime partie des défis rencontrés par les adolescents. Pourtant, même dans ces exemples simples, il apparaît clairement que les adolescents sont confrontés à des tâches nombreuses et difficiles qui réclament une utilisation considérable ainsi qu’une amélioration des multiples fonctions exécutives. De plus, l’adolescence coïncide avec la diminution voire la suppression du soutien des professeurs, des parents ou des proches.

Quelquefois, les transitions peuvent être brusques, comme l’arrivée dans une nouvelle école où non l’on a affaire à non plus un seul mais six ou sept professeurs sur la journée (avec des exigences de plus en plus grandes concernant le temps, le matériel à amener en classe et l’effort à fournir) ; ou encore le fait de quitter sa maison, ses amis, pour aller à l’université. D’autres fois, les changements se font de façon plus progressive. Toutefois, dans les deux cas, l’adolescence amène souvent avec elle son lot de tâches et de relations sociales complexes et difficiles, qui plus est à un moment où le développement physique et social de l’adolescent rend les relations avec ses pairs beaucoup plus compliquées et donne un ton plus sexuel aux relations sociales. Durant cette période, l’adolescent doit non seulement gérer des tâches concrètes mais aussi des interactions sociales bien plus complexes, tout cela en devant s’organiser beaucoup plus pour le futur immédiat, les quelques jours ou semaines à venir, et pour un futur à plus long terme, après la remise des diplômes et au-delà.

Cette organisation d’un futur à long terme met au défi un aspect de la mémoire de travail qui jusqu’à présent n’a pas encore été sujet à discussions dans la littérature neuropsychologique. Paul Eslinger (1996) observe :

Les fonctions exécutives englobent différents comportements dirigés vers un but, sur une période qui va au-delà de quelques minutes et qui s’étend à différentes structures spatiales. Par exemple, obtenir son diplôme réclame une vigilance constante des objectifs à court terme et à long terme. Le développement et le maintien de relations sociales importantes…requièrent également une concentration continue pour atteindre les objectifs immédiats, à court terme et à long terme.

Ce genre de mémoire prospective n’est pas bien définie dans les modèles actuels…on pourrait la qualifier comme une sorte de mémoire de travail parce qu’elle implique une réponse guidée par la mémoire prospective plutôt qu’une réponse guidée par la mémoire sensorielle. Elle change fréquemment et perdure pourtant sur une longue période de temps. Est-ce que l’influence des objectifs futurs réside dans une sorte de mémoire de travail à plus long terme, laquelle est entretenue par des activités quotidiennes telles que nos comportements qui modifient les conséquences futures ?

 

 

C’est pendant l’adolescence que cette capacité à relier les choix du moment et du jour à des objectifs à plus long terme devient de plus en plus importante. Cet aspect de la mémoire de travail est souvent beaucoup plus faible chez les adolescents souffrant du syndrome de TDA. Au fur et à mesure que l’échafaudage des premières années est retiré, et plus tard, lorsque l’individu fait face à de terribles changements tels que son départ de la maison familiale pour les dortoirs de l’université ou pour son propre appartement, l’effet d’une déficience des fonctions exécutives risque de devenir de plus en plus conséquent, bien qu’il pourrait ne pas être reconnu comme étant la cause d’un fonctionnement altéré. Eslinger (1996) souligne,

Le dysfonctionnement des fonctions exécutives entraîne des conséquences particulièrement insidieuses sur le développement de l’enfant, de l’adolescent et même de l’adulte, et peut être à la base de difficultés chez beaucoup d’apprenants et d’employés ayant un niveau faible tout comme chez des parents et des personnes peu équilibrées. Au cours des différentes phases de la vie, une demande croissante se fait sentir dans la difficulté et l’organisation du comportement psychologique, des émotions puissantes et des comportements potentiellement destructeurs.

Avec le développement, la majorité des environnements n’offrent également aux objectifs à long terme qu’une information partielle pertinente et demandent une plus grande inhibition des réponses prépondérantes ainsi que des délais plus longs avant de recevoir la récompense. Par conséquent, contrairement aux déficiences liées à la lecture ou à l’orthographe, le dysfonctionnement des fonctions exécutives est beaucoup plus difficile à observer, à identifier et à gérer.

Jay Giedd et ses confrères (1999) ont utilisé la méthode de l’imagerie longitudinale afin d’étudier les cerveaux des adolescents. Ils ont ainsi démontré que, contrairement aux hypothèses précédentes, le cerveau des adolescents subit une croissance incroyablement rapide et importante, suivie d’un élagage considérable des neurones augmentant ainsi l’efficacité du cerveau. Malgré cette croissance, beaucoup d’adolescents ne bénéficient pas d’un bon équilibre entre leurs capacités de développement et les demandes de leur environnement. Leur faculté à gérer les exigences de plus en plus complexes propres à l’adolescence est incohérente et parfois même excessivement irrégulière. Pour la plupart des adolescents souffrant de TDA, ce processus de transitions majeures est encore plus difficile, et pour certains il est carrément insurmontable.

NdT : Récompense sportive décernée par une école américaine, sous la forme de son monogramme.

Ateliers pour parents : Gérer les manifestations du TDA/H à la maison à La Louvière

• Septembre, octobre, novembre et décembre 2014 – Janvier 2015 à l’Hôpital de Jolimont – 7100 La LouvièreAteliers pour parents : Gérer les manifestations du TDA/H à la maison. Le nombre de participants est limité. La date de clôture des inscriptions est fixée au lundi 15 septembre 2014. Pour informations et inscriptions cliquez ici.

Présentation ateliers TDA:H Jolimont