Ma vie d’enfant Haut Potentiel

Je m’appelle Charles j’ai 11 ans et je vais rentrer cette année  en quatrième. J’irai en pension dans un collège spécialisé pour EIP, par la force des choses, c’est la seule solution, car dans mon ex-collège privé de Fontenay le Comte, j’ai été rejeté par l’ensemble des élèves de ma classe. Le laxisme des enseignants et surtout du directeur a fait que j’ai dû être déscolarisé, avant la fin de l’année scolaire par mesure de sécurité, tellement les choses devenaient graves. Les profs sont ignorants de nos problèmes, ils ne m’ont pas aidé, bien au contraire.

Je voudrai apporter mon témoignage d’enfant précoce heureux, sans problèmes. Jusqu’à cette année, tout se passait en douceur et se déroulait normalement.
Mais hélas les années se suivent et ne se ressemblent pas, cela tient à peu de choses, et très souvent au bon vouloir des enseignants.

Parfois je me demande, si le fait d’être surdoué est un avantage ou un inconvénient. Pour que cela soit vraiment un avantage, il faudrait que les enseignants qui sont censés nous aider, nous diriger, fassent au moins l’effort de nous comprendre.

Ma vie d’enfant précoce, n’était en rien différente de celle des autres enfants, j’avais la même école et le même collège, les mêmes jeux et les mêmes activités. Je ne me considère pas différent, je suis comme les autres enfants avec mes qualités et mes défauts. Je sais que beaucoup de gens pensent que les enfants précoces sont des enfants difficiles à vivre, peu communicatifs, orgueilleux, prétentieux, imbus de leur personne. Ceci est dû en partie aux médias qui donnent souvent une fausse image de ces enfants en les montrant comme des curiosités. Ceux que je connais, ne ressemblent pas du tout à cela, ce sont des enfants gentils, polis, serviables, sérieux, respectueux, équilibrés et attachants.

Revenons à mes débuts. La précocité ! Mes parents étaient très bien au courant de cela, ils pensaient comme beaucoup de parents que ces choses là n’arrivaient que chez les autres et ils se croyaient à l’abri de tous ces problèmes.
Je sais que je suis EIP depuis l’âge de cinq ans et trois mois. Je me suis habitué à cet état depuis longtemps et nous n’en parlons plus, il faut vivre avec, normalement, simplement. Bien sûr, j’ai eu beaucoup de chance d’être découvert très tôt et c’est pour cela que c’est relativement plus facile pour moi que pour les adolescents découverts tardivement.

C’est ma maîtresse de Grande Section qui m’a découvert, elle a tout déclenché, quelques semaines après la rentrée. Elle a appelé Maman pour lui dire que je ne pouvais pas rester dans cette classe. Que j’étais trop en avance, que je savais déjà lire des mots, que je perturbais la classe, car je savais déjà ce qu’elle expliquait et de plus j’en profitais pour faire le pitre (car déjà je m’ennuyais) Elle a ajouté qu’elle allait en parler au conseil de classe pour me faire sauter une classe.
A partir de là, les choses se sont enchaînées rapidement, tests chez le psychologue, passage en C.P. Je me demandais ce qui m’arrivait, et mes parents pensaient que c’était le ciel qui leur tombait sur la tête.

Je me suis bien intégré dans cette nouvelle classe et j’ai dû travailler pour rattraper les élèves de C.P. qui avaient quelques semaines d’avance sur moi. Tout s’est bien passé, à Noël, je savais déjà lire couramment.

A la rentrée suivante, j’ai fait CE1 et j’ai commencé à m’ennuyer. La maîtresse me faisait étudier le CE2 en aparté, ce qui m’a permis de passer directement en CM1 l’année suivante.

J’étais avec des grands de 9 à 10 ans, j’étais le plus petit de la classe, mais j’étais toujours dans les sept ou huit premiers, et j’avais de bonnes moyennes. Le CM2 a suivi sans problème, puis la sixième au collège Saint Charles à Saint Brieuc et jusque là tout s’est merveilleusement bien passé, j’étais parfaitement intégré dans ma classe, j’avais de bonnes relations avec tout le monde, le collège, les profs et les élèves étaient vraiment super.

Nous avons dû déménager à Fontenay le Comte en Vendée pour le travail de papa. C’est ici que les choses vont commencer à se détériorer pour moi. Je suis rentré en cinquième
( avec deux ans d’avance ) dans un collège privé et là, les choses se sont très mal passées. J’ai été mis volontairement dans une classe de redoublants, pourquoi, c’est un mystère ? Seul le directeur pourrait répondre, pourtant mes parents lui avaient demandé un rendez-vous avant la rentrée et lui avait expliqué ma situation. ( Un tiers de redoublants dans la classe, c’est beaucoup ) Une classe à problèmes d’après les enseignants eux-mêmes. Ces élèves de deux à quatre ans plus âgés que moi, ne m’ont pas accepté, et m’ont fait toutes les misères possibles, et inimaginables, encouragés par le laxisme des enseignants qui n’ont rien fait pour arrêter cet état de faits, malgré toutes nos protestations par téléphone et par lettres recommandées. Aucune punition n’a été donnée, aucune sanction n’a été prise. Il aurait suffi qu’un directeur digne de ce nom, lève le petit doigt pour faire cesser cette maltraitance, mais rien n’a été fait.
Comme la plupart des élèves de cette classe ne voulaient pas travailler et ne me supportaient pas, car disaient-ils, j’étais trop petit, trop jeune, trop gamin, ils ont commencé par m’insulter, puis ils m’ont agressé physiquement pendant les cours, puis frappé et jeté à terre dans le couloir, étranglé en cours de sport en présence du prof, giflé en classe, si fort que ma tête est allée frapper le mur de la classe, l’élève responsable de classe m’a jeté par quatre fois ses ciseaux dans le dos et la prof à refusé d’intervenir, encore en sport, ils ont roulé mon pantalon dans la laine de verre, une autre fois ils ont caché mon pantalon, j’ai même été enfermé dans le CDI, pendant l’heure de midi, alors qu’on m’avait envoyé pour faire des photocopies etc. etc.

Voyant que tout ce que faisaient mes parents ne servait à rien, appels téléphoniques, lettres recommandées, réunions, etc. Je ne disais plus rien, supportant tout, de peur d’être de nouveau confronté à mes agresseurs. Mais maman s’est rendu compte au mois de mai, que je recevais des coups de stylos à plume dans le dos pendant les cours. Elle m’a conduit chez un docteur, qui a constaté les faits. Celui-ci a écrit une lettre au directeur le mettant en demeure de faire cesser immédiatement ces maltraitances dans son établissement.

Mes parents en ont profité pour me déscolariser immédiatement sans préavis, par mesure de sécurité, sachant avec certitude que rien ne serait fait, qu’aucune décision ne serait prise. A ce jour comme les fois précédentes d’ailleurs, nous attendons toujours la réponse du directeur. De plus, mon absence d’un mois est passée totalement inaperçue, aucun appel téléphonique, aucune lettre du collège. Nous avons seulement su, que le directeur avait téléphoné au docteur pour tenter de minimiser l’affaire.

Voilà ou j’en suis, privé d’école parce que des gens ne font pas ce qu’ils devraient faire. S’ils avaient réagi énergiquement, ces maltraitances auraient été arrêtées immédiatement et définitivement, pourtant nous n’avons pas manqué de les signaler.

Nous avons remarqué un fait curieux lors des réunions de parents d’élèves, les professeurs ignoraient totalement que le docteur et nous, avions envoyé des lettres recommandées au directeur de l’établissement.

Parfois je me demande, si les enfants ont vraiment des droits, les mêmes droits que les adultes, n’y a t’il pas, non-assistance à enfant en danger dans mon cas ?
Je souhaite à tous les petits surdoués, de ne pas avoir à subir de tels agissements. Si vous êtes confrontés à ce genre de problèmes, n’hésitez surtout pas à en parler à vos parents et à votre entourage, c’est très important.

Cette maltraitance peut revêtir diverses formes. Elle peut être sournoise, cachée, non dit, elle peut se référer à des faits non punissables par la loi, mais très dévastateurs surtout chez les jeunes enfants précoces, comme les humiliations, les moqueries, le chantage, les menaces voilées, la ségrégation, etc. (voici par exemple le devoir qu’a eu à faire mon frère en CM1 : Faites la liste des enfants que vous n’aimeriez pas voir dans votre classe à la rentrée prochaine, ce genre de ségrégation est intolérable ) et bien sûr, si de plus, elle est encouragée par le laxisme.

Maintenant je sais, ce que c’est que d’être rejeté et maltraité sans raisons par les autres, je sais aussi ce que c’est d‘appeler au secours et de ne pas avoir de réponse, moi qui n’avais jamais eu le moindre problème jusqu’à cette année. Maintenant, je comprends tous ceux qui vivent mal leur précocité, qui ont des difficultés pour s’intégrer, qui sont en échec scolaire, qui font des tentatives de suicide. A t’on le droit d’empêcher un enfant, qu’il soit roux, brun, blond d’aller avec tous à l’école ? L’enfant n’a pas choisi, ni sa couleur de cheveux, ni sa couleur de peau, ni d’être plus ou moins intelligent que les autres : ce sont les hasards de la génétique. Sa place dans notre société existe, les parents, les enseignants, les responsables devrons l’aider à trouver sa place dans la société et l’aider à faire valoir son bon droit.

Les enfants précoces, qui sont rejetés, qui n’ont pu s’intégrer comme moi, ont une souffrance morale permanente, une angoisse, une peur qui souvent est invisible, car ils cachent leurs difficultés à leur entourage. Mais elle se ressent très fortement surtout à la maison dans ses comportements avec ses proches, ses parents, ses frères et ses sœurs. Ils deviennent insupportables, coléreux, difficiles à vivre, solitaires, repliés sur eux-mêmes ce qui n’arrange rien. Les parents doivent être très attentifs et se poser des questions dès qu’il y a changement de comportement.

A la rentrée prochaine je vais rentrer en quatrième dans un collège spécialisé pour EIP, je suis vraiment très heureux de cette décision, c’est un réel soulagement, je recommence à vivre. J’aurai des professeurs spécialement formés pour nous les EIP, et je serai avec des enfants comme moi, qui me comprendront, donc je n’aurai plus à redouter ces graves problèmes de maltraitance.

Je souhaite sincèrement à tous les EIP de rencontrer des enseignants compréhensifs et ouverts comme ceux qui m’ont accompagné du primaire à la sixième, d’avoir comme moi l’appui et les encouragements de toute leur famille, pour les aider dans les moments difficiles qu’ils peuvent traverser.

Charles

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Avoir des pensées bruyantes dans un silence assourdissants c’est ça l’hyperactivité mentale.

Chris

Quelques petits trucs pour apprendre à mieux vivre avec le TDA/H

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– Aidez-le à organiser son environnement en utilisant des codes de couleur pour ses cahiers ou récompensez-le lorsqu’il accomplit certaines tâches domestiques.

– Parlez-lui du langage corporel et des conventions sociales. Prenez le temps de lui expliquer pourquoi les gens fuient parfois notre regard lorsqu’ils nous parlent.

– Conseillez-le lorsqu’il doit affronter des situations sociales délicates.

– Expliquez-lui les règles de politesse de base telles que la façon d’entamer une conversation ou la manière de tenir une porte pour laisser entrer quelqu’un.

– Apprenez-lui à gérer les conflits en lui expliquant la différence entre un geste volontaire et un geste accidentel.

– Aidez-le à trouver des moyens de résoudre les conflits.

– Expliquez-lui que le fait qu’il vive parfois des situations conflictuelles ne veut pas dire qu’il est méchant et que cela peut arriver à tout le monde.

– Si les projets d’envergure (tels les projets scolaires lui semblent insurmontables, divisez-les en plusieurs petites étapes et offrez-lui une récompense pour chaque étape franchie.

– Si votre enfant semble stressé, consultez son calendrier d’activités. S’il est trop chargé, demandez à votre enfant quelles activités optionnelles il aimerait abandonner. Expliquez-lui qu’il peut poliment refuser une invitation ou une activité s’il se sent trop accaparé.

– Si votre enfant ne peut écouter la télévision ou se concentrer sur des instructions que lorsqu’il tape du pied, laissez-le faire.

– Félicitez votre enfant. Soyez précis, soulignez la qualité de son écriture ou la gentillesse dont il fait preuve en parlant au téléphone avec sa grand-mère.

– Encouragez votre enfant à identifier les sujets qui l’intéressent. Vous l’aiderez ainsi à faire un choix de carrière judicieux le moment venu.

– Assurez-vous que votre enfant est suivi par un professionnel de la santé qui connaît bien le TDA/H.

Louise, maman de deux enfants atteints de TDA/H, bénévole à l’asbl http://www.tdah.be

Démêler les fils du TDA/H

La Presse+, Edition du 12 décembre 2017, section Pause Santé, écran 2
Tout le monde a son avis sur ce qu’est le trouble du déficit de l’attention et sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour y remédier. Est-ce une simple différence ou un vrai problème ? Est-ce une bénédiction ou un handicap ? Y a-t-il trop de diagnostics ou de sous-traitements ? Nous avons posé 12 questions qui divisent la population à 5 spécialistes reconnus. Voici leurs réponses.

UN DOSSIER D’ISABELLE AUDET ET DE JEAN SIAG

LE DIAGNOSTIC
Y a-t-il plus de personnes avec un TDAH aujourd’hui ?

Les experts interrogés se montrent nuancés à ce sujet. Le fait que les professionnels de la santé arrivent désormais à mieux diagnostiquer ce trouble peut donner l’impression que davantage de personnes en sont atteintes. Cependant, elles ne sont pas plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans, expliquent Ariane Hébert, psychologue, et la Dre Annick Vincent, psychiatre. De 5 à 7 % de la population serait touchée par un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et ce pourcentage se maintient. « Il n’y en a pas plus, ils sont plus dysfonctionnels, précise la Dre Christiane Laberge. Aujourd’hui, on a des gens qui doivent performer de plus en plus, chez qui l’attention est primordiale. » Chez les enfants, il arrive toutefois que l’on suspecte trop vite la présence d’un TDAH, nuance Johanne Lévesque, neuropsychologue. « Il y a une forme d’intolérance, qui est peut-être bienveillante, pour les enfants qui ont de la difficulté », souligne-t-elle. D’où l’importance d’une évaluation rigoureuse qui viendra confirmer ou infirmer ces impressions. Pour sa part, le neuropsychologue Benoît Hammarrenger souligne qu’il serait pertinent de vérifier une hypothèse selon laquelle des polluants pourraient avoir des effets sur le développement du cerveau.

Est-ce vrai qu’il y a beaucoup de faux diagnostics ?

Depuis quelques années, les professionnels de la santé travaillent de plus en plus en équipe pour arriver au meilleur diagnostic possible, souligne Benoît Hammarrenger. Malgré tout, tous les spécialistes interrogés estiment que parfois, il peut y avoir des erreurs. « D’autres troubles peuvent imiter le TDAH », précise le neuropsychologue. La douance, l’anxiété, un trouble du langage ou la dyslexie, par exemple, présentent des symptômes qui ressemblent à ceux du TDAH. La Dre Laberge souligne le fait que la présence de facteurs de distraction beaucoup plus importants qu’avant – les appareils électroniques, notamment – et le niveau de performance intellectuelle exigé dans de nombreux domaines peuvent exacerber certains symptômes.

La Dre Annick Vincent pointe quant à elle un autre phénomène : le faux diagnostic à l’inverse. « Il y a des gens qui ont un TDAH et chez qui on ne l’a pas diagnostiqué. Il y a 20, 30, 40 ans, les drapeaux ne se sont pas levés parce qu’ils arrivaient à suivre à l’école, mais ils arrivent aujourd’hui épuisés, ils n’ont plus d’énergie pour arriver à la même vitesse que tout le monde. Ils arrivent avec un tableau anxieux, ou de dépression, et il n’est pas reconnu qu’en dessous, il y a un TDAH », explique-t-elle.

Est-ce que tout le monde n’a pas un peu un TDAH ?

« J’entends cette phrase tout plein de fois dans mon bureau ! », s’exclame spontanément Ariane Hébert. La psychologue souligne que si certains traits peuvent ressembler au TDAH, le vrai trouble se démarque par le nombre de symptômes, leur apparition en bas âge, leur chronicité et leur impact dans la vie de la personne atteinte. Benoît Hammarrenger renchérit : « Attention : dire que tout le monde est un peu TDAH vient banaliser ce trouble. Car il faut faire la différence entre une faiblesse et un trouble. Si on prend 100 personnes et qu’on leur fait courir le 100 m, certains vont être très bons, d’autres seront dans la moyenne et certains vont être moins rapides. Si on est moins rapide, on n’a pas un trouble de la course. On est juste moins bon là-dedans. Un trouble, c’est un handicap. C’est d’être incapable de faire quelque chose », nuance-t-il. La psychiatre Annick Vincent estime qu’il reste beaucoup d’éducation à faire au sujet du TDAH : « Vous pourriez mettre les symptômes du TDAH sur une échelle. Il y a toutes les nuances dans le nombre de symptômes sur cette échelle, mais à un moment donné, il y a un seuil. Et au-delà de ce seuil, il y a le diagnostic. »

Comment bien évaluer s’il y a présence ou non d’un TDAH ?

« Il n’y a pas de test fiable à 100 % pour diagnostiquer un TDAH », précise d’emblée Benoît Hammarrenger, neuropsychologue. Les médecins peuvent diagnostiquer seuls un TDAH, mais certains optent maintenant pour une évaluation exhaustive en collaboration avec d’autres professionnels, comme des psychologues et des neuropsychologues. L’objectif : dresser le portrait le plus large possible de la vie du patient, afin de distinguer le TDAH d’une autre affection. Cette évaluation permet au professionnel de déterminer si suffisamment de symptômes d’inattention et d’hyperactivité sont présents chez le patient pour déterminer qu’il s’agit bel et bien d’un TDAH. Certains tests supplémentaires permettent aussi de détailler les atteintes dans le fonctionnement du cerveau. Les personnes qui présentent des symptômes de TDAH n’ont cependant pas accès à tout cet éventail de services, soulignent les experts consultés. La Dre Annick Vincent ajoute que les mesures d’aide pour les enfants en difficulté ne devraient pas tourner uniquement autour du processus de diagnostic. Elle souligne qu’idéalement, une évaluation psychosociale devrait être faite d’abord pour accompagner les jeunes et leurs parents. « C’est quand tout ça ne fonctionne pas qu’on devrait se poser la question : est-ce qu’il y a un problème de santé derrière ? »

AU QUOTIDIEN
Est-ce vrai que les personnes avec un TDAH sont plus créatives que les autres ?

C’est ce que laissent entendre Kim Rusk et Dominic Gagnon dans leur livre J’M les TDAH, dans lequel ils attribuent leur succès à leur TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). La majorité des spécialistes consultés ne voient pas de lien entre TDAH et créativité. « Le TDAH et la créativité, ça peut venir ensemble, mais on ne gagne pas en créativité parce qu’on a un TDAH », nous dit Benoît Hammarrenger. « Est-ce que les personnes sans TDAH sont moins créatives ? demande Ariane Hébert. Je ne pense pas. Oui, elles ont une façon différente de voir la réalité, mais ce n’est pas vrai que dans tous les cas, ça amène une plus grande créativité. Il y en a qui vont au contraire être extrêmement rigides dans leur pensée. » Pourquoi retrouve-t-on beaucoup de porteurs de TDAH dans le monde de la création ? « Parce que c’est un monde où tu peux bouger beaucoup, dit la Dre Christiane Laberge. C’est possible de se lever dans un remue-méninges. Pas sûre que tu peux te lâcher autant dans un conseil d’administration. Il y a des périodes où ils travaillent comme des malades et d’autres où ils ne travaillent pas. Ce rythme-là leur convient. »

On parle de plus en plus du TDAH comme d’un atout ou d’un avantage. Est-ce le cas ?

La question divise nos intervenants. Johanne Lévesque donne l’exemple d’un homme qui peut suivre les conversations aux tables dans un resto. « Sur le parquet de la Bourse, ça peut être intéressant. » Les autres experts refusent de considérer le TDAH comme un atout. « On fait avec. On vit avec. On tire le meilleur de chaque situation, nous dit la Dre Christiane Laberge, mais ce n’est pas l’fun. » « On ne réussit pas grâce au TDAH, on réussit malgré lui », insiste Benoît Hammarrenger. Ariane Hébert abonde dans ce sens en évoquant le cas des dirigeants d’entreprise. « On dit qu’ils prennent des risques que d’autres n’auraient pas pris – à cause de leur impulsivité. Mais c’est aussi vrai qu’ils vont prendre des risques et se planter. Ou qu’ils ne seront pas capables de plancher suffisamment longtemps sur un projet pour le mener à terme. » « Ceux qui ont un TDAH sévère ne vous diront jamais : “Oh wow ! C’est super d’avoir un TDAH !”, s’étonne la Dre Annick Vincent. Ceux qui ont cette créativité-là, ceux qui ont une énergie débordante, vont voir ça comme un avantage le jour où ils vont être capables de bien contrôler leur TDAH pour être capables d’attraper leurs idées. »

Les personnes avec un TDAH sont-elles toutes exubérantes ?

La réponse est non. « C’est le côté hyperactif qui fait que ces personnes sont exubérantes, précise Johanne Lévesque. Ils parlent fort et vite, ils bougent beaucoup. Il ne faut pas oublier que c’est un trouble de l’inhibition. Quelqu’un qui a un TDA [sans hyperactivité] va passer sous le radar, parce qu’il est en général plus tranquille, plus effacé. » Ariane Hébert est d’accord. « Les TDA ont une lenteur dans l’exécution. On les oublie en classe. Je fais une généralité, mais ces gens-là ne feront pas de vagues. D’autres auront l’agitation motrice, mais ils n’auront pas nécessairement la parlote. Ce sont des particularités propres à chacun. » La Dre Christiane Laberge croit que cette exubérance se paie parfois chèrement. « Un comédien me disait qu’avant d’être traité, il passait sept heures dans son bain pour apprendre ses textes, parce que c’était le seul endroit où il n’y avait pas de distractions. » Il reste qu’à la base, le TDAH entraîne une difficulté à « s’automoduler », rappelle la Dre Annick Vincent. « À moduler ses idées, son niveau énergétique et son comportement. Celui qui a la bougeotte va avoir l’air beaucoup plus exubérant. Celui qui est inattentif va avoir l’air au contraire d’un timide, alors qu’il ne l’est pas. »

Faire de l’activité physique suffit-il à endiguer les symptômes du TDAH ?

Nos experts s’entendent. Oui, ça peut améliorer la concentration, mais ça ne guérira rien. Ils préfèrent parler d’une hygiène de vie globale. Bien dormir, bien se nourrir, faire de l’activité physique, tout ça aura un effet bénéfique chez les personnes avec un TDAH. Dans des cas légers, Johanne Lévesque croit que ça peut aider. Mais ce n’est pas toujours suffisant, estime Ariane Hébert. « On ne peut pas se contenter d’une demi-heure de jogging le matin pour que la journée à l’école ou au travail se passe bien tout le temps. Pour ceux qui en ont réellement besoin, ça ne peut pas remplacer la médication. » De son côté, Benoît Hammarrenger ne croit pas que le TDAH soit apparu « parce que nos jeunes bougent moins ou qu’ils sont davantage devant des jeux vidéo ». La Dre Christiane Laberge rappelle quant à elle que les adultes avec un TDAH ont aussi tendance à prendre du poids. « Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils sont habitués à faire deux choses à la fois. Donc, quand ils mangent, ils pensent à autre chose. Ils ne sont pas là. Ils vont oublier qu’ils n’ont plus faim et ils vont continuer de manger. Dans ce contexte, oui, l’exercice physique peut aider. »

LE TRAITEMENT
Donne-t-on trop vite des médicaments aux personnes qui ont un TDAH ?

« Ce qui commande l’introduction de la médication, c’est la qualité de vie de la personne qui a un TDAH, nous dit Ariane Hébert. Quand la qualité de vie est handicapée par les symptômes, c’est une avenue à considérer. » Johanne Lévesque n’est pas contre l’introduction de la médication, mais elle prône la mise en place de mesures d’accommodement d’abord. « Parce que les effets secondaires ne sont pas négligeables. Il ne faut pas croire que c’est une formule magique, ajoute-t-elle. Et si c’est seulement ça qui est fait, c’est encore moins vrai. » La Dre Annick Vincent a d’ailleurs consacré un chapitre imposant sur les stratégies « non pharmacologiques » dans la réédition de Mon cerveau a encore besoin de lunettes. « Il y a toutes sortes de choses qu’on peut faire en amont d’un diagnostic. Il est tout à fait adéquat de se poser la question si une personne qui prend une médication la prend pour les bonnes raisons. Il est important de continuer à se questionner. Est-ce que nos jeunes et nos moins jeunes qui ont des difficultés ont accès au bon diagnostic au bon âge ? Et est-ce qu’une fois qu’ils ont le diagnostic, ils ont accès au bon traitement ? »

Comment évaluer l’efficacité d’un médicament ?

C’est LA question que se posent les parents de jeunes qui ont un TDAH et qui cherchent la bonne médication et le bon dosage. « Il faut que les effets bénéfiques du médicament soient plus importants que les effets secondaires associés, résume bien Johanne Lévesque. Personnellement, j’ai de la difficulté à accepter qu’un enfant ne dîne pas au profit d’une performance académique. » Malheureusement, on ne peut pas prédire quel médicament conviendra à notre enfant. « Est-ce qu’on a bien identifié les cibles de traitement avant ? demande Annick Vincent. Vouloir que les notes de notre enfant montent, ce n’est pas une bonne raison. Vouloir que l’attention soutenue s’améliore, c’est une bonne cible de traitement. Mais parfois, selon les périodes de vie, nos stratégies d’adaptation vont être efficaces et vont suffire. D’autres fois, par contre, la médication devra être ajustée. » La Dre Christiane Laberge demeure pragmatique. « Nous, on se fie au “questionnaire Pierre Poulin” pour les suivis, confie-t-elle. C’est un questionnaire validé avec une série de questions aléatoires sur l’impulsivité, l’inattention, les effets secondaires de la médication, la fatigue, etc. Un questionnaire qui devrait être rempli par la personne avec un TDAH, un parent et un enseignant. En fonction du résultat, on mesure l’efficacité d’un médicament. »

Quelles sont les stratégies les plus efficaces (hors médication) ?

On revient ici à la notion d’hygiène de vie globale. Alimentation, activité physique, sommeil. « La préservation du sommeil est une priorité, nous dit la Dre Christiane Laberge. Au secondaire, les jeunes devraient dormir entre 9 heures et 10 heures par nuit. Les journées d’école devraient commencer une heure plus tard le matin. La limitation du temps passé devant les écrans est aussi importante. Il faut limiter le bruit, permettre aux jeunes de se dégourdir, de courir, de jouer. Il faut diminuer leur anxiété. » Benoît Hammarrenger met l’accent sur le côté pratique. « Il ne faut pas travailler contre le besoin de bouger, il faut travailler avec [balle de stress, élastique entre les pattes de la chaise, travail debout, etc.]. » La Dre Vincent, elle, croit que la clé est dans la connaissance de soi. « Tu n’es pas responsable d’avoir un TDAH, mais tu es responsable de ce que tu en fais. Peut-être que ton chemin va être différent, mais tu dois apprendre à apprivoiser ton TDAH. » Johanne Lévesque a un autre point de vue : « Pour moi, c’est le neurofeedback, dit-elle. C’est une méthode critiquée parce qu’il n’y a pas des centaines d’études là-dessus, convient-elle, mais ça permet à quelqu’un de corriger les anomalies neuroélectriques de son cerveau associées aux symptômes du TDAH. »

Y a-t-il une « explosion » du nombre de prescriptions de médicaments ?

« La médication effraie beaucoup les gens. Si on traitait le TDAH avec de la vitamine C, je ne pense pas qu’on ferait la une des journaux », souligne la Dre Annick Vincent. Au cours des dernières années, on a en effet vu une augmentation des prescriptions. Or, cette hausse s’explique notamment par le fait que les médicaments sont aujourd’hui plus efficaces et mieux tolérés. « Ceux qui prenaient une médication avant la prenaient de façon très ponctuelle. Ils choisissent maintenant de la prendre de façon plus régulière », précise la Dre Vincent. De plus, une même personne peut désormais se voir offrir un traitement à action prolongée pendant le jour et un médicament à courte action en soirée. Ainsi, une même personne peut avoir deux prescriptions. Compter le nombre de prescriptions pour estimer le nombre de personnes traitées, c’est faire fausse route, donc. Surtout que certains médicaments pour traiter le TDAH sont aussi utilisés pour soigner d’autres problèmes de santé. Tous les experts interrogés insistent toutefois sur l’importance des adaptations et des stratégies non pharmacologiques pour traiter le TDAH. « Il faut se rappeler que le traitement pour le TDAH est multimodal, affirme pour sa part la Dre Christiane Laberge. Il faut commencer par la psychoéducation. »

QUI SONT NOS EXPERTS ?
LA DRE ANNICK VINCENT
La Dre Annick Vincent est médecin psychiatre. Elle est l’auteure de Mon cerveau a besoin de lunettes et de Mon cerveau a encore besoin de lunettes, des livres pour accompagner les enfants, les adolescents et les adultes atteints de TDAH. Elle a cofondé la clinique Focus, spécialisée dans le TDAH et elle a créé le site http://www.attentiondeficit-info.com.

EN RÉSUMÉ, LE TDAH, C’EST…
« Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental qui entraîne des symptômes dans la lignée de la gestion de l’attention, des mouvements et des comportements. Pour avoir un diagnostic de TDAH, il faut que l’on retrouve un certain nombre de symptômes d’inattention et un certain nombre de symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité. Ce tableau-là doit être au long cours, donc depuis l’enfance, et il ne doit pas être expliqué par une autre problématique. Enfin, ces symptômes doivent entraîner un impact fonctionnel important. Certaines personnes font une nuance entre le TDA [avec inattention prédominante] et le TDAH [avec hyperactivité], mais on appelle ce trouble le TDAH. »

ARIANE HÉBERT
Ariane Hébert est psychologue et auteure du guide TDA/H – La boîte à outils et du livre Le TDA/H raconté aux enfants. Elle a fondé La boîte à psy, une clinique privée pour les adultes et les enfants. Si elle s’intéresse de près au TDAH, elle oriente sa pratique vers l’évaluation de la santé mentale et le soutien parental.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Les critères diagnostiques du TDAH sont très bien définis », affirme d’emblée Ariane Hébert. N’empêche, la psychologue souligne qu’il est par la suite hasardeux de dégager de grandes généralités dans les manifestations de ce trouble : « C’est très hasardeux de dire : “Tu as un TDAH, donc tu as cette couleur-là.” En plaçant le TDAH dans une case, en disant que ces personnes bougent beaucoup ou qu’elles ont la parlotte, on a l’impression qu’on sait à quoi on a affaire, mais ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup de distinctions à faire. »

BENOÎT HAMMARRENGER
Benoît Hammarrenger est neuropsychologue et auteur du récent livre 10 questions sur le TDAH chez l’enfant et l’adolescent, ainsi que du livre L’opposition – Ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs. Il est aussi le fondateur des Cliniques d’évaluation et de réadaptation cognitive (CERC).

En résumé, le TDAH, c’est…

« C’est un trouble affectant la capacité d’inhibition de l’enfant ou de l’adulte ainsi que la capacité à contrôler ses pulsions pour avoir un comportement plus adapté à l’environnement. Également, ce trouble affecte la capacité à filtrer ce qui n’est pas pertinent autour de soi pour rester concentré sur seulement ce qui est pertinent. Ce trouble devrait être présent avant 12 ans. Le TDAH a des répercussions sur la réussite à l’école ou au travail, sur les relations sociales et les relations familiales. C’est un problème, un TDAH. »

JOHANNE LÉVESQUE
Johanne Lévesque est neuropsychologue. Elle défend notamment la technique du neurofeedback. Elle vient de publier le livre TDAH – Pourquoi être ordinaire quand on peut être spécial ?, coécrit avec Sylvain Guimond.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Pour moi, le TDAH, c’est quelqu’un qui a de la difficulté à porter attention ou à ne pas bouger ou ne pas parler à un moment où il souhaiterait porter attention ou faire preuve d’inhibition. »

LA DRE CHRISTIANE LABERGE
La Dre Christiane Laberge est médecin de famille et chroniqueuse santé. Elle a notamment travaillé au CLSC de Dorval-Lachine, où elle a mis sur pied un programme de gestion intégrée du TDAH dans six écoles.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Le TDAH est un trouble neurobiologique. Les gens qui en souffrent consomment énormément d’énergie à freiner l’action avant de la faire. C’est pour ça qu’ils manifestent une forme d’impulsivité, d’inattention et parfois d’hyperactivité. »

A partir de janvier 2019 à 1470 Bousval : Ateliers « Se sentir plus confiant face au TDA/H de son enfant »

Ateliers « Se sentir plus confiant face au TDA/H de son enfant »

Pourquoi de tels ateliers ?

Devenir parent constitue un vrai défi auquel nous ne sommes pas toujours préparés, d’autant plus si notre enfant présente des difficultés d’attention et de comportement hyperactif.

C’est la raison pour laquelle deux psychologues, Emmylou Depaepe et Florence Thiry, proposent des ateliers collectifs à destination des parents dont un enfant souffre de TDA/H. Nous sommes convaincues que le groupe est l’occasion de partager les ressentis avec d’autres personnes dans la même situation dans un cadre bienveillant et dénué de jugement.

Ces ateliers visent avant tout à augmenter votre confiance en vous en tant que parent. Divers exercices vous seront proposés pendant et entre les séances de groupe.

Comment cela se déroulera-t-il ?

Dans le courant du mois de janvier, un premier entretien individuel aura lieu avec une des deux psychologues. Cet entretien aura pour objectif d’expliquer le contenu des ateliers et d’évaluer l’adéquation de votre demande avec les ateliers proposés.

Ensuite, 4 ateliers auront lieu le lundi de 19h30 à 21h30 pendant les mois de février et mars, à un rythme de 2x/mois. Les dates seront les suivantes : 11/02/2019, 25/02/2019, 11/03/2019 et 25/03/2019.

Après les vacances de printemps, un dernier entretien individuel permettra de faire le point sur ce que le groupe vous aura apporté ainsi que sur les éventuelles pistes de suivi.

Informations pratiques

Le prix s’élève à 300€. Cela comprend les 2 entretiens individuels et les 4 ateliers. Les membres de TDA/H Belgique, en ordre de cotisation, bénéficient de 10%.

Le groupe peut accueillir de 4 à 8 participants (pas de couples).

Les entretiens individuels et les ateliers auront lieu au Centre Médico-psychologique « Le Grand Arbre » situé à Rue du Grand Arbre 1A, 1470 Bousval.

Les inscriptions se font par téléphone au 0471/37.06.86