Témoignage : vécu de l’adulte

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J’ai 49 ans et je travaille, actuellement, comme conseiller juridique en relations de travail dans un établissement du réseau de la santé et des services sociaux de la région. Je suis le père d’un garçon de 10 ans atteint d’un TDA/H, et moi-même atteint d’un TDA/H résiduel, avec impulsivité.

Pour commencer, j’aimerais vous poser quelques questions.

  • Lorsque vous étiez enfant ou adolescent, vos parents avaient-ils raison de craindre que vous ne puissiez compléter vos études collégiales ?
  • Prenez-vous des décisions extrêmement importantes de façon impulsive ?
  • Êtes-vous du genre “ grande gueule ”, à dire tout ce qui vous passe par la tête, même si vous savez pertinemment bien que vous serez le seul à faire un tel commentaire ? Après-coup, avez-vous alors l’impression d’avoir manqué de jugement ?
  • Avez-vous rencontré des difficultés professionnelles, du genre “ congédiement ” ou “ quasi-congédiement ” ?
  • Malgré tout cela, êtes-vous considéré comme une personne-ressource ou conseil dont la qualité des interventions et la créativité sont recherchées ?
  • Est-ce que les moments où vous vous êtes le plus amusés, au travail, correspondent à des situations  désespérés que vous êtes parvenus à régler ?
  • Vos relations interpersonnelles sont-elles houleuses ?
  • Malgré les forces que les autres peuvent vous reconnaître, et malgré vos bons coups, votre estime de soi est-elle à son plus bas au plan personnel ?
  • Peut-on dire de vous que vous brûlez la chandelle par les deux bouts ?
  • Avez-vous l’impression que vous pourriez en faire toujours plus, en savoir toujours plus ? Êtes-vous en quête incessante de quelque chose que vous n’arrivez pas à définir ?

Parcours scolaire et cheminement professionnel :

Si je vous parle de ma scolarité et de mes expériences de travail, ce n’est pas par prétention, mais pour que vous sachiez qu’on peut avoir un TDA/H et réussir au plan académique et, peut-être professionnel, même si personne ne s’est occupé de nous. Mais là-dessus, je vous laisse tirer vos propres conclusions. De toutes façons, ces réussites ne sont pas, à mon avis, celles qui sont les plus importantes ; mais, là n’est pas l’objet de mon propos, ce soir. Cependant, ce qui est sûr, c’est que, si on sait ce qu’il en est et si on est aidé, la probabilité de réussir sa vie, à tous les niveaux, est définitivement beaucoup plus grande.

Parcours scolaire :

  • Baccalauréat es arts (1969)
  • Licence en droit (1972)
  • M.B.A. (1983)
  • D.E.S. (Droit de la santé) (1992)
Cheminement professionnel :

  • Avocat (1973-1980)
  • Gouvernement :
  • Agent de projet et analyste-consultant (1983-1985)
  • Fonction parapublique québécoise :
  • Conseiller senior – contrôle de la qualité (1985)
  • Conseiller senior – relations de travail (1986)
  • Réseau de la santé et des services sociaux
  • DGA (1986-1992)
  • Coordonnateur des programmes d’évaluation et de mesure de la qualité (1992-1996)
  • Conseiller juridique (1996-….)

Vie professionnelle

Au printemps 1980, sur un coup de tête, j’ai décidé, en l’espace d’une fin de semaine, de quitter la pratique du droit et de retourner à nouveau aux études pour faire mon MBA.

Soit dit en passant, l’impulsivité est très certainement l’une de mes caractéristiques principales. Je suis fortement porté à penser que l’impulsivité liée au TDA/H  a joué, encore une fois, un rôle déterminant, car il était déraisonnable de prendre une telle décision, de façon aussi précipitée, et sans m’être préparé financièrement en conséquence, le programme s’étendant sur 28 mois.

Dans le premier centre hospitalier où j’ai travaillé de 1986 à 1992, à partir plus particulièrement de 1990, ma situation professionnelle se dégrade sérieusement, entre autres, parce que j’ai toujours ma grande gueule, et que je ne peux m’empêcher de dire tout ce que je pense. À titre d’exemple : dire, en comité, au vice-président du C.A., qu’il s’“enfarge” dans les fleurs du tapis, et qu’il ne fait ainsi que retarder la progression des travaux du comité. Même si cela était vrai, personne ne l’aurait dit. Mais, voilà, c’était ce que je pensais, et je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire.

Évidemment que, lorsqu’on ne sait pas ce qu’est le TDA/H et qu’on ne sait pas, par voie de conséquence, ce que c’est que d’être un adulte atteint d’un TDA/H résiduel, on a bien peu de chances de corriger seul le tir.

SUGGESTION :
À cause du facteur héréditaire relié au TDA/H, et de la persistance du TDA/H jusqu’à l’âge adulte, et en raison du prix que doit payer, dans sa vie professionnelle et au niveau de ses relations interpersonnelles, l’adulte atteint d’un TDA/H résiduel, surtout s’il s’accompagne d’impulsivité, il est important de dépister les adultes susceptibles d’être atteints d’un TDA/H.

J’aimerais souligner ici ce qui est une autre particularité me décrivant bien et qui, je le crois, s’applique, de façon générale, aux adultes atteints d’un TDA/H. En effet, les plus grands moments de satisfaction professionnelle, je les ai trouvés lorsque je devais régler des situations problématiques au travail, des situations tout à fait “merdiques”, des situations à très forte intensité où l’on dirait que “ ça va mal en maudit à shop ”. J’étais alors tellement sollicité, l’intensité requise était tellement grande que je pouvais enfin m’amuser à travailler, car il y avait alors matière à vraiment me concentrer au maximum.

SUGGESTION :
Je vous dirais donc qu’il nous appartient, à nous, adultes atteints d’un TDA/H résiduel, d’exploiter et de mettre à contribution une telle force, laquelle n’est pas donnée à tout le monde.

Quelques mois après être arrivé au centre hospitalier où je travaille, je me suis, à nouveau, retrouvé avec les mêmes problèmes d’impulsivité et de manque de retenue – certains diraient même de jugement. J’ai alors consulté dans le cadre du PAE ; mais, malgré ce qui me paraissait être une révélation, je n’ai pas plus été capable de vraiment m’empêcher de dire tout haut ce que je pensais, même si  je savais que je ne devais pas le faire.  Je ne savais pas encore quel était mon problème.

CONSÉQUENCE :
Il est essentiel que vous vous adressiez à des ressources professionnelles compétentes, sinon vous perdrez votre temps et vous risquez inutilement de gâcher votre vie.

Je conclurais sur cet aspect professionnel en vous disant donc que, très souvent, lorsque j’ai eu des problèmes au travail, et je ne suis même pas sûr que je n’en ai plus ou que je n’en aurai pas,  c’était à une époque où j’ignorais tout du TDA/H, encore plus chez l’adulte; j’ignorais que ces problèmes au travail résultaient de mon impulsivité qui faisait que je ne pouvais m’empêcher de dire ce que je pensais, même si les conséquences risquaient d’être désastreuses.

Vie personnelle et sociale

La faible estime de soi qui caractérise les personnes atteintes du TDA/H a évidemment eu un impact majeur sur mes relations interpersonnelles. Il est en effet difficile de s’aimer lorsqu’on a, depuis qu’on est enfant, l’impression de n’avoir jamais été à la hauteur. Il est également plus difficile d’aimer les autres lorsqu’on a l’impression de ne pas avoir été aimé pour ce que l’on était, surtout qu’on a régulièrement reçu le message de ne pas être à la hauteur des attentes des gens qui, en principe, sont ceux qui ont la responsabilité de nous aider à grandir.

RECOMMANDATION :
Je vous dis tout ceci, non pas pour vous inquiéter, mais pour vous tenter de vous convaincre de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour protéger vos enfants de ces atteintes à leur estime de soi laquelle, à mon avis, constitue le fondement même de leur développement harmonieux et de leur réussite personnelle.  Christiane Gravel et mon ami Pierre vous parleront tout à l’heure de la méthode Barkley, mais je me suis permis de vous dire immédiatement quel est un des objectifs visés par la méthode Barkley.

Mes relations personnelles ont aussi été assez houleuses considérant que mon impulsivité va généralement heurter les sentiments des autres, même si mes interventions ne sont, bien sincèrement, animées par aucune intention malveillante, sans compter que je ne “ lis ” pas facilement les autres.

Toute ma vie, j’ai eu l’impression d’un peu brûler la chandelle par les 2 bouts, étant incapable de m’arrêter, même pour dormir. À titre d’exemple, je vous dirais que je dois me faire violence pour aller me coucher, en me disant qu’il faut, très souvent, si ce n’est pas la plupart du temps, que je me lève moins de  5 heures plus tard. Je tente de me rassurer en me disant, comme le faisait Einstein, qui vivait, semble-t-il, de la même façon,  que l’important, c’est la longueur de la chandelle.

Parlant de l’importance de la longueur de la chandelle pour ce qui est de brûler la chandelle par les deux bouts, je vous dirais qu’à l’inverse, en ce qui concerne l’impulsivité, c’est comme si la longueur de ma mècheétait inversement proportionnelle à celle de la chandelle.

Diagnostic et prise en charge

À 46 ans, à force de m’occuper de mon fils et de m’informer sur le TDA/H, j’ai dû commencer à faire face à la réalité et à me dire que j’étais peut-être atteint d’un TDA/H. C’est ainsi que j’ai cherché un spécialiste qui pourrait peut-être m’aider.

DANGER QUI VOUS GUETTE :

La première réaction de la majorité des gens, qui me connaissaient et à qui je disais que je voulais explorer ce qu’il en était, était de me répondre : “ Voyons, ne t’occupe pas de cela… Tu n’as pas de problèmes… Regarde, tu as réussi dans tes études, dans ton travail, dans la vie ”.

Pourtant, ma conviction profonde était que j’avais raté ma vie parce que j’avais l’impression que, toute ma vie, j’étais passé à côté de quelque chose, que je ne m’étais pas réalisé, ayant l’impression que je n’avais pas fait ce que j’étais capable de faire.

Lorsque j’ai appris que j’avais un TDA/H, et comme j’en connaissais les conséquences, ce fut tout un choc.

Au début, la 1ère phase en est une de soulagement ; je comprenais, enfin, un peu, à tout le moins, ma souffrance morale en lien avec ce que je considérais avoir été une vie de misère intérieure.

Par contre, la 2e phase en a été une de rage et de rancœur ; rage et rancœur de croire que  la vie avait été si dure avec moi, d’avoir l’impression de ne pas avoir été aidé par ma famille. Mais, par après, i.e., après avoir commencé à comprendre ce qu’était le TDA/H, j’ai alors senti le besoin, la nécessité de pardonner aux autres et de me pardonner à moi-même, puisque personne ne savait ce qu’il en était quand j’étais enfant ou adolescent.

J’ai compris qu’à partir du moment où les gens font de leur mieux, avec ce qu’ils sont et ce qu’ils ont, on ne peut pas leur en vouloir. D’ailleurs, je dis maintenant à tous les parents d’enfants atteints d’un TDA/H que je rencontre et qui s’inquiètent de leur compétence ou de leur performance parentale : “ Informez-vous ; renseignez-vous. Mais, après cela, à partir du moment où vous avez fait de votre mieux, avec ce que vous êtes et ce que vous avez : pardonnez-vous pour les erreurs que vous pourriez faire! ”.

La 3e phase est celle de l’espoir ; l’espoir de croire que j’aurai pu aider mon fils, parce que je sais mieux ce qu’il vit, et parce que nous, ses parents, aurons fait tout ce que nous pouvions faire pour l’aider dès son plus jeune âge. Comme je l’ai déjà mentionné dans un autre cadre, je dirais que c’est mon fils qui m’a permis de naître, en fait, de renaître, en me faisant découvrir ce qu’est le TDA/H chez l’enfant, en général, et le TDA/H chez l’adulte, en particulier. Mais, rien de tout cela n’aurait été possible sans Dr Claude Jolicoeur.

De plus, dites-vous qu’il n’en demeure pas moins rassurant, à titre d’adulte atteint d’un TDA/H résiduel, avec impulsivité, de savoir ce qu’il en est, parce qu’à partir de ce moment, vous pouvez entreprendre différentes démarches susceptibles de vous aider à être mieux dans votre peau et à pouvoir être plus heureux dans la vie.

Ainsi, à compter du diagnostic, et aussi grâce à l’aide apportée par Dr Jolicoeur et à mon suivi par celui-ci, grâce aussi à la formation sur la méthode Barkley donnée par Christiane Gravel, il s’est produit ce que j’appelle un élargissement de la conscience qui fait en sorte que je peux affirmer être probablement plus présent, maintenant, au moment présent, et moins impulsif que je ne l’étais auparavant, quoique cela ne soit jamais facile. De plus, en recourant  à des approches cognitivo-comportementales, j’ai commencé à faire davantage de retours analytiques sur les différentes crises afin de mieux comprendre ce qui se passe pour apporter les correctifs appropriés, en espérant empêcher que ces crises ne se reproduisent, du moins qu’elles soient moins sérieuses et moins fréquentes. De plus, j’ai commencé à prendre du Ritalin afin de diminuer mes comportements impulsifs. Comme le dit Dr Jolicoeur, à la lumière de ce que je considère personnellement comme des échecs professionnels, à tout le moins comme des échecs dans mes relations interpersonnelles en milieu de travail, le Ritalin est possiblement ce qui me permet d’atteindre la note de passage qui, comme dans les écoles, est exigée au sein des organisations.

Cette troisième phase s’est aussi traduite par un passage à l’action plus sociale et politique ; je pense, entre autres, ici, à la mise en place de l’Association PANDA ou à d’autres modes d’interventions.

J’insiste, ici, pour vous dire que je ne voudrais pas que ce que vous reteniez de mon témoignage, c’est que je me plains et que la vie va donc être difficile pour vos enfants… au contraire. Cependant, il est vrai qu’elle pourra être moins facile pour eux qu’elle ne le sera pour les enfants qui n’ont pas à vivre avec le TDA/H. Mais, dites-vous qu’ils ont aussi de grandes forces et de grandes qualités qui les aideront dans leur vie et dont vous êtes, tout comme vos enfants, responsables de développer.

C’est pour cela qu’il faut que vos enfants aient des parents qui, comme vous, s’informent, des parents qui prendront fait et cause pour eux, des parents qui ne craindront pas de se faire entendre, et des parents qui sauront se regrouper s’il le faut.

En terminant, je nous souhaite de pouvoir établir un véritable partenariat entre la famille et l’école car, sans lui, c’est tout l’avenir de nos enfants qui est hypothéqué.

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