Témoignage : Margaux

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Margaux 

Voilà je me présente, Margaux, 45 ans maman de trois ado-rables ados et mère au foyer. Je suis la troisième d’une famille de 4 enfants (1 garçon et trois filles – moi je suis la fille du milieu qui ne c’est jamais sentie fille –( plutôt genre garçon manqué)).

Aussi loin que je m’en rappelle l’école et moi nous avons eu un rapport assez conflictuel.
D’abord étant gauchère, j’ai le souvenir que l’on m’a attaché la main pour que j’utilise la « Belle main », la droite, pour écrire et il me semble que au niveau du graphisme je n’ai utilisé que des verticales et des horizontales et de temps à autres quelques vagues.
Pour les devoirs à la maison, j’écrivais à la main gauche, mais je réentends ma mère me dire : «comme tu as appris à l’école» et là j’étais mal à l’aise, je restais sans bouger et ma mère en prenant ma main redessinait chiffres et lettres.
J’affirme que c’est ma mère et non l’institutrice qui m’a appris à écrire.
Les souvenirs qui me viennent après c’est lorsque j’ai changé d’école (à 9/10 ans) en quatrième primaire ; c’est à ce moment que je me souviens des premières remarques ; l’instit. debout au milieu de la classe : « pour Margaux j’ai mis 1 point pour le papier et la date bien orthographiée » Des remarques assassines de ce genre j’ai l’impression que cela a jalonné tout mon parcours scolaire. Souvent j’entends dire que l’on ne garde que les souvenirs positifs eh bien moi c’est ce que je garde comme souvenir.

Qu’est-ce que cela a du être réellement si de manière sélective mon inconscient n’a gardé que çà.

L’année suivante, je m’en souviens comme si cela venait de se produire. Une après-midi, vers la fin de la journée scolaire ; la prof me désigne pour lire une partie de texte ; horreur… je ne sais même pas où nous sommes sur le livre, et derrière moi ma meilleure amie qui dit : «ok, les gars c’est Margaux qui lit le texte ça y est le cours est fini … vive la rigolade ! »

Je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis retournée et boum…mon poing est arrivé sur son nez. Conclusion ma copine à l’infirmerie et Margaux chez le préfet des études (le directeur).
Mes parents ont été appelés et moi illico chez le psycho et depuis étiquette dans le dos enfant difficile et caractérielle. De plus, dans les famille il faut toujours un mouton noir j’ai souvent entendu cette phrase quand don parle de moi. N’en fait qu’à sa tête, paresseuse voir fainéante.

Enfin nous voilà donc le lendemain, au centre Psych-Médico-Social [PMS pour les intimes (humour)] Là, je suis prise en charge par une psychologue et ma mère en réunion avec l’assistance sociale pour discuter du cas mais aussi de la famille.
Bien sur la famille va très bien il n’y a jamais eu de problème, on ne comprend pas ce qui m’a pris…
Moi de mon côté, je passe une batterie de test et une fois ces derniers finis, la dame va voir si ma mère a fini de discuter avec cette brave Madame V., l’assistante sociale.
Comme, elles n’ont pas fini la psy me propose un test que l’on fait passer en 1èr ou 2ème primaire et là c’est comme si la psy a eu une révélation… Impensable, cette gamine a un QI époustouflant qui a masqué une dyslexie et une dysorthographie gigantesque. La psy ne comprend pas que personne n’ait découvert cela beaucoup plus tôt.

La visite médicale d’après (1 ou 2 mois plus tard) le médecin me demande de lever ma main droite en fermant les yeux, de lui dire si les fenêtres sont à droite ou à gauche enfin que des questions que je trouve bizarre. Chaque année on va à la visite médicale et jamais encore on m’a posé ces questions… D’un coup, il dit à son assistant tu vois ça c’est normal et caractéristique : pas de repère spatio-temporels (là, la gamine de 11 ans que j’étais alors se croit transporter dans la 4ème dimensions)

Je demande ce qui se passe et le toubib me répond : «Rien ! Pas de problème, tu peux aller t’habiller » Toujours de remarques et pas de réponse aux interrogations que cela crée dans ma tête ; c’est frustrant, je dois être conne, pour qu’on ne me réponde jamais ou qu’on m’ignore, on parle de moi et je n’ai pas de droit de comprendre !

A partir de ce moment, je vais chaque semaine deux heures voir une logopède.

J’ai encore des remarques sur le fait que je me ronge les ongles que je joue avec mon stylo que….

Chaque fois que mes résultat ou mon comportement n’est pas jugé bon ou adéquat on me répète : « Je dois contacter ou téléphoner à Madame V.» C’est à cet âge aussi que j’ai de crise d’éruption géante (d’après le médecin de famille, j’ai fait 7 fois la varicelle !!!) Un autre toubib homéopathe m’a dit vous êtes hyper sensible, une sensibilité à fleur de peau (mon pépère, tu crois pas si bien dire ça me sort de partout par la peau). Ma mère me dit que cela survient toujours après une grande joie ou une grande peine d’après ce qu’elle a constaté.

J’ai terminé mes années scolaires primaires en rase motte juste les 50% obligatoire pour aller dans le secondaire. Les trois premières années se sont passées avec éternellement les mêmes remarques et les travaux à recopier inlassablement. Avec ATTENTION et soin, il manque souvent des paragraphes tu veux raccourcir la punitions mais cela ne marche pas tu feras le double pour demain !!!

Quand j’ai pu choisir mes options (cours et orientation en rapport avec ce que je voulais faire) mes résultats ont été un peu meilleurs mais certains professeurs ont préféré me faire passer les examens en seconde session et oralement.
L’écrit était trop embrouillé et je me contredisait et me sabotait à chaque fois voulant trop bien faire.
Le seul regret que j’ai par rapport à l’école, c’est que j’ai obtenu un certificat d’étude secondaire supérieur et pas le diplôme de fin d’humanités.
Ma prof. de français m’a dit en début d’année scolaire : «vous, on se revoit en septembre et vous ne réussirez pas votre année». Comme, c’était cette prof qui devait corriger ma copie, je n’ai pas passé «l’examen de maturité» qui couronnait le certificat de fin d’études secondaires supérieures et en faisait dès lors un diplôme.
L’école, j’en ai un souvenir amer et bizarre. Je ne m’en rendait pas compte jusqu’ à maintenant que j’ t’écris ce témoignage…

J’ai le sentiment de n’y avoir jamais été moi-même mais de devoir coller à ce que l’on voulait que je sois !

J’ai souvent répété que pour rien au monde, je ne voudrais retourner à cette période là. Des amis et amies, je n’en ai aucune de cette période scolaire, ou je n’en ai jamais gardé de contacts.

De la période de l’enfance ou adolescence ; il n’y a qu’une seule vrai amie : M-C «On se surnommait patate» parce que à chaque bêtise que l’on disait ou faisait en cœur on disait : «Patate c’est pas cela !» et de fil en aiguille quand on se téléphonait ou que l’on se voyait c’était : «Salut Patate !» Son époux est/était le parrain de mon second garçon et depuis son décès (décédé trop tôt à 32ans) elle est devenue la parraine (ce terme n’existe pas mais c’est le gamin qui à sorti cela quelque jours après les funérailles et c’est resté)

A la fin de la dernière année scolaire, pendant l’été 1979, Antoine mon amoureux et sa maman sont venus nous rejoindre sur notre lieu de vacances pour passer 5 jours avec moi (Bruxelles – Milliau c’est une belle preuve d’amour !!!).
Pendant leur séjour, nous avons annoncés à nos parents réunis que nous voulions nous marier. Ils ont été d’accord que nous fiancions en mars pour mes 20 ans et de se marier l’année après pour mes 21 ans.
Finalement nous nous sommes marié en septembre 6 mois après les fiançailles et pas par obligations. Parce que je le voulais et je leur ai dit que si je devais attendre plus longtemps… ça devait déjà être mon côté impulsif !
Il fallait encore passer les examens de passage pour ne pas devoir refaire une rhéto (nom de la dernière année avant l’université. Je vous dit pas la tête de mes CONdisciples de classe et de mes profs qui pendant les trois dernières années n’avaient pas arrêté de me charrier.
J’arrive la bouche en cœur chercher mes résultats, « Je vous présente mon fiancé les noces sont prévues pour le 20 septembre l’an prochain ! » Tous sur leur cul… «Oui et autre bonne nouvelle, je commence le 1er février à travailler à la banque au service télex, il me faut juste mon papier de fin d’école !».
Le plaisir que j’ai éprouvé ce jour là… indescriptible ! Ils m’avaient toujours pris pour une conne voilà pourquoi CONdisciples. Je leur ai expliqué pourquoi je prononce en insistant sur le «CON».

A l’heure actuelle, je pourrais leur en remettre plein la vue, une seconde fois ! Toujours mariée au même charmant petit (mais costaud) chouchou. Nous fêterons nos 25 ans de mariage.

Quand les problèmes du fiston ont débutés, un incontrôlable sentiment de déjà vu, déjà vécu m’a envahie. Je me suis retrouvée 30 ans en arrière ; impossible de me retrouver en face d’un prof sans me sentir coupable. De quoi ? Je ne sais pas ! Peut-être de ressentir une rage folle en me disant : «l’école m’a brisée mais ils n’y arriveront pas avec mon gamin».

Ce sont là mes souvenirs par rapport à l’école.

En ce qui concerne la vie de famille, je me souviens que maman a souvent été alitée pour raison de dépression nerveuse et avec quatre enfants dont les trois premiers en cinq ans et une petite dernière cinq ans après, il y a de quoi, parfois, avoir besoin de repos.

Souvent je me suis retrouvée en colo ou dans des les mouvements de jeunesse. La colo, j’en garde un assez bon souvenir, 15 jours à la côte belge, ou 15 jours à Spa, pas au «Francofolies», quoi que niveau folies les 400coups, on les a fait. (Humour : nous étions sages comme des gamins de 12 à 15 ans dans les années 70).

Quant au mouvement de jeunesse, les deux premières années, il a fallu trouver sa place. Une fois intégré, et après un changement de chef, je crois bien que c’est là que je me suis le plus épanouie. J’y ai rencontré M-C. Et comme on dit par ici, c’est la plus grande et la meilleure agence matrimoniale. Mais oui bien sur, c’est là, qu’Antoine et moi, nous nous sommes rencontrés. Le 20 septembre prochain, nous fêterons nos 25 ans de mariage. On ferait bien une petite virée en amoureux, (WE à Paris, shopping à London, ou Venise sous la pluie….).

Revenons au témoignage promis (lol) tu vois je m’égare – c’est sans cesse la cas – j’ai du effacer et faire des couper coller heureusement sur l’ordinateur tu peux te le permettre.

Cela aussi, la rédaction de travaux combien de fois ? Il ne fallait pas faire une boulette avec la feuille, «oubli de phrase ou paragraphe, nouvelle idée qui complète le premier paragraphe alors que l’on se trouve à la fin du sujet».

ALORS on arrive en fin de travail enfin satisfait. Et pour faire de la place sur le bureau et mettre un peu d’ordre,… On prend toutes les feuilles et dans un auguste geste scrchhh… une belle et grosse boule bien chiffonnée. On ne fait pas dans le détail dans ces cas là. Jusque là pas de problème…sauf que «elle est où ? Ma copie, mon travail mis péniblement au propre ?»

Bien DANS LA BOULETTE (faire une boulette = faire une bêtise voir une petite connerie) et pour une boulette c’est une boulette.
Pour énième fois, je reprends une belle feuille bien lisse, mon stylo et c’est reparti ; on recopie ! Cela m’arrive régulièrement du temps de l’école, pour les lettres au chéri et même actuellement pour les mots d’excuses pour les professeurs des enfants.
La dernière fois, c’est le travail de math d’Oscar. (Le loulou dans le plâtre, donc j’écris pour lui le devoir après 7 tentatives, voilà c’est fini, on range et scrchhh les vieux brouillons à la poubelle. Puis un cri : «Maman il est où mon devoir ???» «Oh non, c’est pas vrai, regarde la boulette dans la poubelle» Eh oui, il est bien là, monstrueusement chiffonné.
Pas question de rendre un devoir dans cet état là…

On râle et quand on se regarde les yeux dans les yeux Oscar et moi on est parti dans un fou rire. Dis maman, tu ne serais pas un peu … Tda…!

Eh oui «le fruit ne tombe jamais bien loin de l’arbre» n’est-ce pas ? … ou … dans le genre «les chiens ne font pas des chats» !

Dans la vie domestique c’est parfois folklorique : au menu du soir œufs dur ; oui mais dur à cuire ! Pourquoi, …soit j’oublie d’allumer la cuisinière sous la casserole …soit j’allume le feu mais je pars faire les lits, discuter par la fenêtre avec la voisine « et pan ! ». C’est quoi cette explosion ? Et oui les œufs dur après 1h30, il n’y a plus d’eau et ça explose. Il y en a partout sauf sur les assiettes le soir.
Si tu n’allumes pas la gazinière, n’essaye pas de les peler, bonjour l’omelette.
Il y a ces jours où je suis persuadée que j’ai tout ce qu’il faut pour faire la nouvelle recette que j’avais décidée de testée, et bien non je suis partie avec une autre liste de courses.
Pour les courses, bien sur il faut la sacro-sainte liste sans quoi je reviens le coffre plein, sauf avec ce qu’il fallait parce que cela fait deux semaines qu’il manque ce qui est noté sur la bonne liste.

Ce n’est pas du à l’âge, c’est depuis toujours. Il y a aussi le nombre incalculable de fois où je rentre dans une pièce et je venais y faire quoi ? Je repars sur mes pas et parfois oui je me souviens !!!
Cela fais rire les enfants qui me disent : «ça y est maman a rattrapé ou récupéré son idée, elle sait pourquoi elle allait dans la pièce !» Et on en rit tous ensemble.
L’autre jour en vidant le lave-vaisselle, à chaque fois je me suis surprise à ouvrir la porte du frigo pour y ranger les assiettes, les verres et les casseroles. Par trois fois je me suis retrouvée à me dire : «mais Margaux, tu le sais que ce n’est pas leur place !!!»

Quand ce n’est pas les objets qui disparaissent et dont je suis incapable de dire ou je les ai rangés, la dernière en date une toute nouvelle loupe, je crois me souvenir d’avoir dit je la range là, comme cela je la retrouve quand j’en ai besoin… et bien je la cherche depuis le mois de septembre et je suis certaine que les enfants ne l’ont pas eu en main.
Mieux vaut le prendre avec humour.
Heureusement que ma tête tient à mon corps je serai capable de la perdre ou de l’oublier sans savoir où.
J’ai toujours entendu cette réflexion aussi loin que je me souvienne. Il faut surtout pas dire «oui, il sais je vais le retenir». Que j’allais m’en souvenir cela je sais l’avoir dit mais — je devais me souvenir de quoi ?

Voilà mon parcours chaotique, qui depuis quelques semaines porte un nom TDA/H.

Je peux mettre un nom sur 44 ans de souffrance psychologique.

Ce que je ressens en tant adulte différente, ayant été sans cesse jugée, critiquée parce que j’étais et suis toujours TDA/H

C’est quoi pour moi être TDA/H maintenant ?

Si je devais faire un bilan de mon vécu, c’est :

20 ans de gâchis (enfance et adolescence inexistante d’ailleurs je n’ai aucun de souvenirs heureux de cette période) + 24 ans de difficulté à comprendre pour quelles raison quelqu’un peut me trouver quelques choses d’intéressant et surtout pourquoi tout simplement j’ai un mari qui m’aime (ça je ne comprends pas, c’est pas parce que je l’aime) = 44 ans de dénie et autodestruction consciente ou inconsciente de moi.

C’est pire que de me sous-estimer parce que j’ai tiré un trait sur ma vie, je suis une chose vide sans vie, sans âme mais terriblement autodestructrice et dont l’hyperactivité se situe au niveau cérébral. Comme je l’expliquais au Dr X. je ressens quand mes neurones travaillent et je pense être capable rien que par autosuggestion de me nuire.

[En guise d’exemple de ce que je suis arrivée à faire, sous contrôle médicale, par autosuggestion, c’est couper les montée de lait en moins de 24h, parce que j’ai du arrêter de nourrir ma petite dernière, le toubib n’en revenait pas lui-même ; en salle d’opération l’anesthésiste à du demander au gynéco pourquoi le rythme cardiaque n’était pas stable alors que l’électrocardiogramme de la veille était parfait. C’est normal je m’amusais à passer le temps en attendant que la péridurale fasse son effet. Ils m’ont demandé de restée tranquille et en fait ils sont passés à l’anesthésie générale.]

Maintenant à ce jour, être TDA/H c’est être la responsable d’avoir transmis ce que d’autre m’ont donné et dont ils disent ne pas souffrir, il suffit de vouloir, de se remuer, de se secouer ….

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