Témoignage de parents : Bouton d’or

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Bouton d’Or

Mon fils est un jumeau dont le double est mort in utero. J’avais été hospitalisé avant le terme pour contractions inopportunes, avec un traitement prévu pour garder les bébés (ils étaient trop petits pour venir au monde). Le monitoring n’a jamais détecté quoique que ce soit. Nous ne l’avons réalisé qu’à la naissance.

Ca a été un terrible choc, et Gaétan est venu au monde dans une famille en mi-deuil, mi-exaltation. Une pédopsychiatre nous a tout de suite pris en charge, (nous l’avons revue pendant 6 mois). Mais à quelques jours à peine, quand on lui tendait les doigts, notre fils s’agrippait et se mettait debout, en essayant de sautiller. J’étais très fière de ce petit bout de chou, qui semblait tellement vigoureux. Le pédiatre le qualifiait d’ « enfant tonique ».

Le retour à la maison a été difficile, avec un petit bout qui hurlait tous les soirs. Seul son père arrivait à la calmer ; je le revois encore déambuler dans l’appartement en portant Gaétan et en lui massant le ventre.

Gaétan a grandit, est entré à la crèche. J’entendais souvent « il bouge, ce petit », « vous devez être contente quand il dort ». Moi je rigolais, fière de la vigueur de mon enfant. Les moments où j’ai eu peur ? Quand il est tombé dans les escaliers (à la crèche), quand il a posé les mains sur la porte du four (1 mn d’inattention de ma part). La première fois où j’ai eu honte et me suis sentie une mauvaise mère ? En voyant ses mains… A la pharmacie, devant le regard de la pharmacienne, quand je lui ai expliqué le pourquoi de la prescription médicale…

A la maternelle, au primaire, et maintenant au collège, j’ai l’impression de revivre encore et toujours les mêmes histoires ; Gaétan est malheureux, se bat souvent avec les autres, dit qu’il est mal aimé, veut que nous le protégions. Quand moi ou son père allons essayer d’arranger la situation, nous avons toujours le même retour. Gaetan a provoqué, ou a insulté, en réponse à une boutade ou une provocation d’un autre enfant ; bref ses réactions sont toujours disproportionnées par rapport à l’incident déclenchant… Par contre la violence augmente avec le temps, ça fait deux fois cette année que notre fils a eu la tête projeté contre un mur par des plus grands excédés par son comportement. Je ne compte plus les fois ou j’ai été voir les maîtresses de maternelles, primaires, les profs, je les assure de mon soutien, les informe du caractère tonique de mon enfant, leurs explique que nous ne sommes pas des parents démissionnaires (non non, je vous assure !), ressort de ses entretiens avec le cœur gros et la tête remplie de sombres pensées (genre mais ça ne finira jamais…).

Au quatre ans de notre fils, Aurore est née. J’ai guetté avec angoisse les premiers signes d’agitation (moi j’étais agité, pendant la grossesse et à l’accouchement, par peur d’une autre mort in utero) ; mais l’incroyable était là : elle était vivante, et calme, j’étais persuadé que tout irait bien pour elle …
A la crèche, pas de problème, Aurore était reconnue comme une petite fille enjoué et vivante, et la fois où elle est tombée de la planche à langer (le temps que j’aille chercher un nouveau paquet de couche quatre mètres plus loin), et où elle a du porter un casque en tissu le temps que la fêlure crânienne s’ossifie ; et bien cette fois là j’ai juste renforcée la très mauvaise opinion que j’avais de moi en tant que mère. Pas du tout pensé que peut-être la rapidité de cet incident pouvait laisser supposer qu’Aurore … Non non non, surtout pas ça.

Aurore est rentrée à la maternelle, où on a commencer à me dire qu’Aurore avait un caractère bien affirmé, qu’elle était très active…Mais rien d’alarmant . Prudence oblige, je suis devenue déléguée de parents d’élèves, les maîtres et maîtresse prenait des gants avec moi et mes enfants. Jusqu’ à la grande section de maternelle (Aurore avait 5 ans) où toute mes illusions se sont envolées ; la maîtresse m’a convoquée très vite ; Aurore n’écoutait rien, ne participait jamais en grand groupe, ne respectait pas les consignes, et pensait surtout au jeu, pas au travail. J’ai revu cette maîtresse plusieurs fois, je voyais bien qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter Aurore. Et moi par la même occasion.
Le pompon, ça a été le jour de la visite médicale, où je voyais bien que la toubib essayait de me dire quelque chose, et me regardait comme on regarde une bombe qui va exploser.
Cette professionnelle hors pairs m’a finalement glissée le n° de téléphone d’un centre psy (je refuse le psy scolaire depuis le jour où il m’a dit qu’il fallait que j’apprenne à plaisanter avec Gaétan de la mort du jumeau). Après avoir téléphoner- ré-expliquer le coup de la plaisanterie, j’obtiens un autre n° de tel, celui d’un pédiatre exerçant en milieu hospitalier sur Montpellier et ayant la réputation d’être un spécialiste du TDA/H.

Nous y sommes allés. Pour lui, le TDA/H était bien présent chez nos deux enfants, mais peut-être simplement réactionnel à…tout ce que les enfants avaient pu vivre…

Parce que. Je vous ai beaucoup parlé des enfants, de ce qu’ils ont vécu ; et peu de mon couple, de moi…Bouton de rose. C’est comme ça que je me sens. Un potentiel pas exploité, des frustrations à n’en plus finir, et surtout surtout une incapacité à maîtriser mes émotions qui me font me sentir à l’étroit ; comme dans un bouton de rose qui refuserait de s’ouvrir. Voilà, pas facile de parler de ses aspects les plus cachés, ceux qu’on ne veut pas montrer aux autres, ceux qu’on ne veut pas voir. Et se battre, sans arrêt, pour s’organiser, ne pas oublier un rendez-vous, pour arriver à gérer la fatigue, pour être efficace, pour écrire sans fautes d’orthographe (merci le correcteur de Word), pour arriver à communiquer du mieux possible, sans être à coté de la plaque avec les autres… Essayer d’être une bonne mère, savoir que parfois on y arrive, mais que l’agitation permanente des enfants entraîne bien souvent des réactions que l’on regrette après : punitions corporelles, brimades, cris, colères…

Ca fait trois ans que j’ai décidé d’arrêter la fessée. Pas facile, mais ça finissait par devenir ma seule réponses aux bêtises des enfants. Je me voyais avec horreur me transformer en mère fouet tarde, avec des emportements, les enfants terrorisés par mes colères, une culpabilité rongeante et l’impression que je m’enfonçais dans un tunnel de plus en plus noir…. Et que ça n’arrangeait pas la situation sur le long terme. Il y a des dépendances physiques, je suis persuadées qu’ils existe des dépendances comportementales ; en tout cas pour moi, dés que la réponse fessés ou gifles arrivait, je me l’interdisait, je criais, j’envoyais les enfants dans leurs chambres et je m’effondrait en pleurant, tant était grande la frustration que leurs comportements ; mon impuissance ; me faisaient ressentir. J’en ai aussi parlée à notre médecin de famille, la parole est magique, de m’entendre DIRE a été aussi déterminant que ma prise de conscience qu’il fallait arrêter. Mais j’ai réussi à décrocher, l’envie est parfois présente, mais je ne la laisse plus me submerger. On est passés à des tableaux de bons et mauvais points, puis à des règles de vies qui évoluaient au fils des mois, avec les punitions correspondantes.

D’ailleurs je commençais à tomber dans l’excès, dés que les enfants enfreignait une règle, je punissais (avec bien sur une graduation selon la gravité de la bêtise) tant j’étais persuadée qu’il fallait un cadre éducatif structurant et des règles bien établies, et que pour ce faire ils fallait ne pas laisser impuni la moindre infraction…

Gaetan n’en pouvait plus. Après avoir mis son réveil à sonner à 4heures du matin (nous nous en sommes aperçus 15 jours plus tard) pour jouer sur Internet, et ce pendant 3 jour ; arriva ce qui devait arriver, la fatigue aidant : il s’est battu tellement fort avec d’autres collégiens qu’il s’est retrouvé à l’infirmerie.

L’infirmière (cette femme est géniale) a énormément discuté, et a écouté Gaetan. Elle nous a contacté pour nous raconter la bagarre, et nous dire que Gaetan n’allait pas bien du tout.
A son retour, j’étais prête à l’entendre, et c’est là qu’il m’a expliqué qu’il n’en pouvait plus des punitions, qu’il voulait des parents cool, qu’ils lui explique le pourquoi, lui dise quand il dérape, le reprendre mais Jamais le punir. On a donc passé un pacte, c’est une attitude de tout les instant, il faut rappeler les règles sans crier et sans punir… Lui doit obéir, essayer de ne pas nous faire répéter (il m’a même demander d’arrêter de lui parler, je lui dis juste « Gaetan » et lui doit réagir en fonction de la situation. J’ai adopté la même attitude avec Aurore, je la félicite plus, l’ambiance de la maison a changé. Cet enfant est génial, c’est lui qui a trouvé une issue à une situation qui ne satisfaisait personne. Par contre lui s’est rendu compte qu’être cool n’étais pas si facile, il doit garder son calme avec sa petite sœur (plus de coup entre eux depuis que moi, j’ai arrêté), ne pas laisser la pression exploser sur ses proches quand il s’est battu au collège ; bref j’en passe et des meilleurs ; et ça marche ! C’est pas toujours facile, c’est un travail de tout les instant (je me couche comme les poules et épuisée). Je vois bien que Gaetan fait des sacrés efforts, mais il y a encore des rechutes. Des deux cotés. Mais on s’accroche. On s’accroche.

Et le papa, me direz-vous, vous qui n’aviez pas oublié que le pédiatre de l’hôpital penchait pour une hyperactivité réactionnelle parce que… (Hummm, que vous n’aviez pas oublié ?) Parce qu’à lui j’ai pu lui dire que leur papa avait arrêté de boire très dernièrement. Que le papa buvait depuis que je l’avais rencontré. Que je ne l’avais jamais catalogué comme alcoolique, parce que mon propre père, puis ma mère ont bu plus que de raison. (Non, ça je ne lui ai pas dit.) Mon père est mort atteint du syndrome de korsakoff (en langage courant, comme on cause nous, quoi, on dit qu’il a vu un éléphant rose) et ma mère est décédé d’un cancer du foie foudroyant. Quand on grandit dans l’alcoolisme ambiant, d’abord on ne le repère pas comme tel, ensuite on trouve ce comportement normal. (Pas normal au sens de tout va bien, mais normal parce que c’est comme ça qu’on vit). On en est imprégnée. J’ai suivi un long chemin de psycho-thérapie, de questions aux docteurs et spécialiste, de séparations, divorces … Et le dernier acte judiciaire, c’était pour moi de faire retirer la garde des enfants au papa. De faire entendre à la justice que la consommation excessive de leur père les mettait en danger.

La juge m’avait demandé (oh enfin j’étais entendue !) si je voulais retirer la garde des enfants immédiatement au papa, ou bien si je voulais attendre une désalcoolisation, après une période ou celui-ci ne verrai pas les enfants. J’ai préféré attendre. Je ne pouvais pas me résoudre à enlever aux enfants leurs père ; sans avoir laissé à celui-ci une dernière chance.

Et l’amour d’un père est plus fort que l’alcool, l’amour d’un homme pour sa compagne est plus fort qu’une dépendance ancrée depuis des années parce qu’il a arrêté. Complètement.
Ca fait 2 ans, il est devenu abstinent total. Il n’y a plus jamais une goutte d’alcool à la maison Et la vie a changé. La vie change. Tous nos comportements se sont peu à peu modifiés, avec les enfants, entre nous …

Bon d’accord, mais me direz-vous : et ce pédiatre à l’Hôpital (Hummm, l’avez tout de même pas oublié, ce pédiatre !) Et bien, quand il m’a eu annoncé que les enfants étaient certainement TDA/H réactionnel, je l’ai claironné partout. Contente que j’étais d’avoir une explication rationnelle. Et si c’était réactionnel, ça ne pouvait que s’arranger. Avec le temps.

Nous avons été orienté vers un service hospitalier avec pédopsychiatre, psychologue. Les enfants ont tous les deux passées les test de QI. Gaetan a 111, Aurore 118 ; bien loin des 140 des enfants surdoués ; et allez hop un autre problèmes en moins ( et des parents rassuré sur les capacités intellectuelles de leurs enfants). Aurore a passé son CP avec des rendez-vous médicaux ( malheureusement pas les psychologues, trop débordés ; avec la chef de service) et Gaétan a commencé sa 6 éme avec une jeune psy comportementale, spécialisée dans les pré-ados. (Gaetan a déjà vu un tas de psy). J’y croyais…

J’étais même, oui j’étais une convaincue du psychologique ; et même devant la question de la psy « mais pourquoi Gaetan me raconte TOUT ses problèmes, et jamais ce qui lui arrive de sympa ? Pourquoi me dire toujours que tout va mal ? » Et même devant la description d’Aurore par la chef de service au pédiatre (hé hé encore lui !) « Enfant qui se lève sans arrêt de table, mord ses stylos et ses habits, a des difficultés d’endormissement », et bé j’y croyais ferme, moi, que ça allait s’arranger, que je devais juste insister pour qu’un suivi psy se mettent en place pour Aurore ; suivre les conseils de la psy de Gaétan « il faut lui apprendre à relativiser les problèmes qu’ils rencontrent avec les autres pré-ados » (Si si elle a raison). Mon optimisme était sans faille, l’homme de ma vie vivait toujours sans alcool, les relations se simplifiaient, mes crises de colères s’espaçaient, celle du papa aussi, on arrivaient à discuter ensemble des problèmes des enfants, à réfléchir, à chercher des stratégies éducatives, j’ai arrêté de travailler voici 1 an et demi, j’étais présente pour les devoirs, fini la cantine (ou si peu) pour Aurore…

Mais les bagarres, altercations, disputes, mots d’oiseaux ne s’estompaient pas pour Gaétan. Il a même eu un avertissement au 2éme trimestre, malgré des notes relativement correcte (15 en math, 14 en français) ; Aurore n’écoutait toujours pas son papa (elle le mène par le bout du nez, il lutte mais elle gagne souvent). Nous commencions à nous dire qu’on ne comprenait plus, malgré le chemin parcouru ; voir nos enfants toujours en souffrance, toujours en difficulté relationnelle avec les autres ; même si d’énormes changements en nous, chez les enfants avaient eu lieu….

Mais dans une vie, il y a toujours des événements marquants, qui conditionne la suite des événements, et pour moi ça a été un coup de fil de la maîtresse d’Aurore me demandant de la rencontrer. Elle voulaient me faire part de sa décision de faire redoubler Aurore, qui avait eu des notes lamentables (et donc pas d’acquis réel) au 2eme trimestre. J’ai refusé.
Vous connaissez l’expression « le ciel m’est tombé sur la tête » ? Et bien c’est littéralement ce que j’ai ressenti quand j’ai raccroché le téléphone. Comment ma petite puce, avec ses capacités intellectuelles, comment pouvait-on lui proposer un redoublement ?
Et trois jours plus tard c’était la prof principal de Gaétan qui m’appelait, elle voulait me voir, Gaétan lit pendant les cours…
J’ai vu ces adultes, et leur ai annoncé mon intention de mettre en place un traitement avec du Méthylphénidate. Nous avons rendez-vous le 29 Juin avec le fameux pédiatre. Il m’avait glissé que la Méthylphénidate seraient peut-être bien, mais je n’ai jamais voulu l’entendre. Ça allait s’arranger, ça ne pouvait que s’arranger. Mais rien ne change dans les symptômes de nos enfants. Alors ils faut que je me rendre à l’évidence et que je fasse mienne la formule de notre doctoresse de famille : « le psychologique a ses limites » Et je crois qu’avec nos enfants, il l’a trouvé. Et je crois qu’il faut aider le physiologique.

Alors depuis quelques jours, je hante Internet (en attendant le rendez-vous, avec qui ? Voui le pédiatre ! ) Et je cherche, je découvre, je lis des témoignages (suis PLUS toute seule !), découvre que le comportements de mes enfants est décrit comme une liste de symptôme de TDA/H, et je pleure, pleure pleure parce que ce que j’avais pris pour un trouble passager est décrit comme un problème physiologique (les enfants vont guérir ?). Je rabâche les oreilles de mon homme de toutes mes découvertes, et surtout celle-là : JE suis une adulte TDA/H, et mon homme aussi, parce que… Quand on lit différente description et qu’à chaque fois on se dise « ah ben tiens, ça c’est moi » « ha et là aussi » « ha ben dis donc, ça aussi, c’est moi » et que l’on reconnait aussi son homme …
Et à qui je vais demander une orientation pour consulter ? Vous ne l’avez pas oublié, Hummm, dîtes ? Ben oui, LE Pédiatre !

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