Témoignage : bienvenue dans ma vie





Bienvenue dans ma vie !

École primaire.
Je n’aime pas l’école, je ne m’y sens pas à ma place. Pourtant, on y apprend des tas de choses et moi j’aime tellement apprendre. J’aime donner mon avis, poser des questions. Mais ce n’est pas juste, car on me fait tout le temps des remarques : « Arrête de faire l’intéressante ! », « Arrête de bavarder ! », « Arrête de gigoter! », « Arrête d’avoir un avis sur tout ! »… Ça va, j’ai compris ! Je dois arrêter d’être moi.

À la maison, ma maman crie, hurle, me frappe, et cela jour après jour. Elle dit que je le fais exprès, que je lui fais honte, que je suis le premier clou de son cercueil.

Tous les soirs, elle m’oblige à travailler pendant des heures et des heures. Je n’en peux plus. Je fais déjà tellement d’efforts en classe. Pourquoi est-ce que je dois faire plus d’efforts que les autres ?
Pourquoi, malgré mes efforts, on me fait toujours autant de remarques ? Pourquoi mes efforts ne servent-ils à rien ?
Je décide d’arrêter de faire des efforts.

Je suis tellement nulle !

J’ai 11 ans et je suis en sixième primaire.
Mon institutrice n’est pas comme les autres. Elle me regarde comme si elle m’aimait. Elle a toujours un petit mot gentil pour moi. Elle m’encourage.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai de très bons points cette année. Maman me dit : « Tu vois bien que tu y arrives, quand tu veux faire un effort ! ».

Les humanités : l’enfer.
Je ne sais pas comment les autres font pour se concentrer toute une journée. Pour moi, c’est mission impossible. J’essaie pourtant, mais pas moyen. Et après, en arrivant à la maison, je devrais encore étudier pendant plusieurs heures ? Je n’ai pas la force ! Je suis vraiment nulle ! Les autres y arrivent pourtant !

Alors je baisse les bras. Je ne fais plus rien. Je deviens le bouffon de la classe. Je chahute. Je fais rire les autres. Au moins, maintenant, j’ai enfin des amies.
Pour compenser mon sentiment d’infériorité, je ne vis que pour le regard et l’approbation des autres. Je passe mon temps à jouer des rôles, différents selon les gens et les situations, pour plaire, ne pas passer pour une imbécile, donner l’impression que je suis intéressante.
Je ne sais même plus qui je suis.

J’ai tout juste 15 ans. Maman vient de mourir. Est-ce que c’est mon comportement qui l’a tuée ?
Je me fais renvoyer de l’école. Aucune de mes « amies » ne me recontacte.

Je ne crois plus en moi. Je ne crois plus en rien…

Quoi que je fasse, quoi que je tente, rien ne change. J’ai déjà essayé tellement de choses sans succès… Pourquoi est-ce que ce serait différent maintenant ?

De toute façon, je n’ai que ce que je mérite. Je voudrais mourir…

J’ai pris conscience très tôt de mes incompétences et de ma différence. Je ne savais juste pas à quoi elles étaient dues.

À cette époque, on ne parlait pas de TDA/H, juste d’enfants difficiles. Je me suis donc appropriée cette étiquette.

Mon enfance et mon adolescence n’ont été bercées que de critiques et de remarques : « Calme-toi », « Concentre-toi », « Tu as encore oublié tes affaires », « Arrête de te faire remarquer »…

Je me sentais perpétuellement jugée, dévalorisée, brimée, incomprise… Je percevais ces perpétuelles remontrances comme des agressions. Et finalement, après un certain temps, elles n’ont plus eu aucun effet sur moi.


Je me démarquais du groupe. J’étais « trop » et « pas assez » en même temps. J’aurais tellement aimé recevoir de l’aide.

Vivre avec mon TDA/H voulait dire fournir toujours plus d’efforts que les autres, pour n’obtenir que des résultats décevants et être confrontée quotidiennement à l’échec.
Tant à l’école qu’à la maison, je devais faire face à l’intolérance, au rejet, aux remontrances, aux punitions. Je vivais avec un sentiment permanent d’échec, qui a complètement altéré mon image personnelle.

J’étais perpétuellement sur le qui-vive. Ce qui n’a fait qu’augmenter mes comportements indésirables. Un cercle vicieux s’est rapidement installé. Mon comportement entraînait systématiquement une conséquence négative qui devenait source de stress et, en réponse pour évacuer toute cette tension, mes comportements s’aggravaient.


Qui peut garder une bonne estime de soi dans ces conditions ?

Pascale

Source : livre « TDA/H mode d’emploi »

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