Témoignage : Infernal ?

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Infernal…ça dépend de votre seuil de tolérance.

Pour nous, infernal ressemble à ça:

5h30: Lever, claquer la porte de sa chambre en sortant, arrivée en trombe dans la chambre à coucher et réclamer en chantant le petit déjeuner. Et surtout sans s’arrêter jusqu’à ce qu’on lui donne.
Petit déjeuner stressant, car à moitié sous la table avec les couverts qui tombent et les verres qui renversent. Et notre fils qui est partout, sauf justement à table. Et vous, vous ne déjeunez en tout cas pas.

7h00: Tentative d’habillage, lavage qui prendra environ 45min. Sous stimulation constante et rappel à l’ordre permanent.

8h00: Lui (notre fils) veut déjà partir pour l’école alors que ce n’est pas l’heure. Vous le rattraper 3 ou 4 fois dans la cage d’escalier parce qu’il n’a pas encore fini de s’habiller, mais qu’il est déjà dehors.

11h15: Retour de l’école. Pétage de plomb intermédiaire pour relâcher la pression. Il court dans toute la maison, crie, se pend aux cadres de portes, ouvre les fenêtres pour hurler, s’enfuit de l’appartement, cherche son frère et sa soeur jusqu’à ce que ça pète.

12h00: Repas pour personne. Lui (notre fils toujours) fait le zouave à table, on lui rappelle constamment les règles de bonne conduite, tout tourne autour de lui, on ne s’entend plus respirer.
Les petits sont dégoûtés par ce charivari, personne n’a mangé correctement.

13h15: Départ pour l’école et re- des histoires pour se laver les dents, aller aux toilettes…Avec lui tous les gestes de la vie quotidienne deviennent compliqués.

15h30: Retour de l’école, goûter en vitesse debout devant la table. Là, le temps nous est compté jusqu’à la prochaine dépressurisation. Il faut sortir.

18h00: J’essaye de faire minimum 2h par jour dehors avec lui pour ne pas tourner gaillouffe. Mais même dehors, il est monté sur les murets (d’où il est tombé forcément), a traversé les routes comme un bandit, a lancé des pierres en l’air et les a reprises sur la tête, je le rappelle toutes les 3min. Même en pleine campagne, il arrive à me faire des conneries.

18h30: Comble de l’horreur, le repas du soir. Il vaut m’aider pour tout, mais fait tout de travers et renverse tout. De bonne foi, il veut nettoyer, mais c’est pire… On ne mange pas, on flic, on recadre. Lui s’amuse avec sa nourriture, la lance, fait des petits tas qu’il écrase, tape contre le coin de la table ou contre le mur, parle pour toute la maison, se lève pour tout et pour rien…Ah! mon mari est rentré du travail, j’avais même pas remarqué…

19h00: Essai de mise en pyjama, lavage de dents, passage aux toilettes, ça c’est la théorie. En pratique, course Rodéo, il nous nargue, ne fait en tout cas pas ce qu’on lui demande.

20h00: L’histoire du soir saute, parce que les livres ça va trop long à lire, il préfère plier les coins des pages ou vous secouer le livre alors que vous tentez de récupérer la ligne où vous étiez.

20h30: Histoire abrégée. Mise au lit sans succès. Monsieur se balade encore dans les couloirs avec ses bouts de ficelle pour son téléphérique. Il revient constamment vers nous: « parce qu’il avait encore juste un truc à nous dire… »

23h00: Vous, vous allez vous coucher. Mais sa chambre est toujours allumée, il y a des bouts bougies partout (ah, oui, celles qu’il vous a volé la nuit passé) et qu’il a écrasé sur le tapis de sa chambre… parce que voyez-vous, il neige dehors…alors dedans aussi.

5h30: le lendemain, il se lève et vous avec et vous constatez avec dépit qu’il a dessiné sur les murs pendant la nuit parce que nous lui aviez repris toutes ses feuilles de papier, cartons divers, plastiques pour qu’il arrête de faire des bricolages pendant la nuit.

Et voilà, la journée recommence…celle qui ressemble tellement à celle d’hier avec toujours les maîtres mots: opposition, autorité, surveillance, rappel à l’ordre, consignes, dangerosité…

Quelqu’un d’autre me l’aurait raconté que j’aurais rit et que je me serais demandé si il exagérait pas même un tout petit peu. Moi, après 5 ans, ça ne me fait plus rire.

Sur ce site, vous trouverez plein d’histoire comme celle-ci. Des fois, ça fait du bien de la raconter à ceux qui la vivent aussi.

Alors, infernal, à vous de voir.

Y a pas quelqu’un d’autre pour nous raconter d’autres histoires qui nous, nous ferons rire?

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Témoignage : vivre avec le TDA/H au quotidien

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Vivre avec le TDA/H au quotidien

Lundi, 6h30, le réveil sonne. Une autre semaine qui commence. Un jour de semaine comme un autre… Enfin, pas tout à fait.

Alors que ma moitié s’affaire en cuisine pour préparer les pique-nique de toute la famille, je termine de me préparer, et vérifie que tous les vêtements des enfants sont prêts pour le gros rush du matin.

7h… Les réveils ont sonné dans les chambres des enfants. Comme souvent, quand il faut se lever, personne n’est au rendez-vous. Quand je pense qu’ils ont fait la java dès 6h30 samedi matin.

7h15, Valentin déboule l’escalier (le mot est faible). Il est d’excellente humeur, chouette. Il me fait un câlin, avec intensité, la même intensité que celle avec laquelle il pose chacun de ses gestes, qu’ils soient guidés par la joie, la tristesse, la colère, l’affection, la frustration, l’impatience… Troubles de l’hyperactivité et de l’impulsivité disent les spécialistes…

Il est levé suffisamment tôt que pour avoir le temps de prendre son petit déjeuner à la maison, mais je sais déjà que le temps nécessaire à chaque étape de l’habillage peut perturber le programme. Comme toujours depuis la rentrée, pour parer aux programmes perturbés justement, les tartines du matin et les laits chocolatés sont prêts à être emportés et à être consommés dans la voiture, sur le long trajet qui nous sépare de l’école, cette école que nous avons choisie avec tant de soin, d’attentes et de convictions.

Je suis armée de patience, malgré la fatigue et les insomnies. Ouf, ce matin je suis un peu épargnée. Ils sont tous de bonne humeur, s’habillent et brossent leurs dents sans se faire trop prier. Un bon point.

Je ne crie pas trop vite victoire, il faut encore réussir à leur faire mettre leurs chaussures, étape clé avant le départ de la maison. Combien de fois vais-je devoir leur demander de mettre leurs chaussures ? Va-t-il falloir finir par les sortir moi-même de l’armoire où elles attendent comme chaque jour ? Combien de fois va-t-il falloir les faire assoir devant la paire, ou poser celle-ci juste devant leurs pieds sans perdre patience ? « Où sont vos appareils dentaires ? Les grands, avez-vous pensé à descendre avec l’appareil et la boîte » ?

7h50, on démarre enfin, avec près de 10 minutes de retard sur le programme, et en plus il y a des déviations. J’essaye de ne pas me mettre la pression, et de leur épargner un mauvais départ. Après tout, je n’avais qu’à m’organiser mieux, me lever 10 minutes plus tôt…

Heureusement, ça roule bien depuis quelques semaines. Nous arrivons à l’heure à l’école. La journée ne commence pas si mal finalement.

8h40, la cloche sonne. L’animatrice de Valentin semble absente. J’ai toute confiance en sa remplaçante, mais suspecte que la journée de mon petit homme sera plus difficile aujourd’hui.

Antoine réclame son câlin avant d’entrer en classe. Sans le câlin du matin à l’arrivée de son animatrice, c’est la grosse angoisse. J’ai appris à vivre avec la grande sensibilité de mon fils, et j’aimerais que contrairement à moi il arrive à la dépasser, donc je le rassure et suis à l’écoute de ses émotions. Il s’éloigne, satisfait de notre embrassade, le sourire aux lèvres. Chouette, aucune larme ne perle à la base de ses yeux. Décidément cette nouvelle école convient parfaitement à Antoine. Il est enfin épanoui. Nous n’avons pourtant pas fait dans le détail point de vue particularités pour nos enfants… Quand on gagne enfin une bataille, une autre commence.

8h50, la cloche des maternelles sonne. « Maman, tu viens un petit peu dans ma classe ». Je me joins à Yanis pour une petite histoire, un petit puzzle. Dix minutes pour mieux se séparer. Un bisou, un câlin. Aujourd’hui il me laisse partir sans insister pour prolonger l’instant « encore un petit peu ». La journée s’annonce gérable.

9h10, j’arrive au bureau. Pas trop mauvais record ce matin. Je sais qu’une grande quantité de travail m’attend, mais je prends quand même le café avec les collègues avant d’entamer la course contre la montre. J’ai besoin de respirer pour mieux repartir entre mes deux « métiers ». J’ai la chance d’avoir des chouettes collègues de travail, humains et compétents, et d’être employée par des personnes flexibles et qui me portent la confiance que je pense mériter. Je ne sais pas comment je gèrerais ma vie tellement remplie sans ça.

La journée se déroule comme elle se doit, j’essaye de rester détendue, je gère mon temps. Les dossiers c’est bien plus facile à gérer que les humains finalement. Pourtant je jongle avec des piles de paperasse, des délais auxquels je ne peux déroger, mais aujourd’hui ça va, le stress reste en sourdine. Et puis, j’aime mon métier.

16h, je surveille l’horloge de mon ordinateur, il va bientôt falloir se déconnecter, pour entamer la deuxième partie de ma journée.

Je me prépare à aller chercher mes petits monstres à l’école. J’ai pris une bonne résolution après avoir craqué il y a quelques semaines. Je vais essayer de ne pas trop m’inquiéter de comment s’est passé la journée de Valentin. Après tout, si un événement particulièrement marquant avait lieu, il me le dirait, ou je le verrais à sa mine triste ou fâchée. Et puis les animatrices me relayeraient les faits importants. Pour les détails, il vaut mieux ne pas trop en demander, car je n’arrive pas encore à prendre de la distance par rapport aux difficultés de mon fiston, même maintenant que je connais la cause de celles-ci. Ma nature empathique et très sensible prend le dessus, et je ressens chaque difficulté de mes garçons comme un échec dans mes efforts éducatifs. Je sais, c’est une erreur, mais c’est ainsi.

16h20, faut que je file, je vais être en retard. 16h30, j’arrive à l’école. Je récupère mes trois enfants sans trop de difficultés. D’habitude il y en a au moins un qui fait de la résistance, ou l’autre qui est introuvable. Je suis preneuse !

Nous sommes à l’avance pour le rendez-vous de 17h15 chez la neuropsychologue, mais j’ai oublié de prévoir un goûter. Je rassemble mes forces, et annonce aux enfants que je vais aller leur chercher quelque chose au magasin juste à côté de l’école. Bien sûr, ils veulent m’accompagner. Je mets les choses au point : on reste calme dans le magasin, on ne crie pas et on reste à mes côtés. Je me lance dans un périple que je fais en général tout pour éviter. Heureusement, deux boissons et trois en-cas plus tard, nous sommes déjà à la caisse, et la file est supportable. Heureusement car Yanis commence déjà à se faire remarquer.

17h, nous voilà prêts à nous rendre chez la neuropsychologue, pour la troisième des vingt séances hebdomadaires. Les enfants se désaltèrent et se sustentent, je distribue des lingettes pour essuyer les bouches et mains afin de les rendre un minimum présentables. « Valentin, retire ton gilet mon chéri, il est noir de crasse ». Voilà, on entre dans la salle d’attente, avec 5 minutes d’avance.

Yanis et Valentin se disputent le jus de fruit. La psychologue du bureau d’à côté manifeste son mécontentement en venant fermer la porte de la salle d’attente. Désolée, j’habite à 45 km, je n’ai pas d’autre choix que de venir conduire Valentin accompagnée de ses deux frères.

17h15, la neuropsychologue est toujours bien à l’heure, ça me fait plaisir. Valentin entre dans son bureau, et pendant quelques minutes nous faisons le point et échangeons des documents. Juste quelques minutes pour que la voisine vienne à nouveau se manifester. Ca confirme mon sentiment : mes enfants sont trop bruyants… Ha ces éléments perturbateurs ! Mieux vaut le prendre sur le ton de l’humour, ça détend.

Il fait trop mauvais pour que j’emmène Antoine et Yanis faire une ballade cette fois, et puis je suis fatiguée. Nous passerons les 45 minutes de la séance dans la salle d’attente, il y a tout ce qu’il faut pour les occuper, et j’ai des documents à lire, des documents pour m’informer sur les troubles de mon Valentin. Finalement, je n’y lis que des choses que j’avais déjà découvertes dans d’autres fascicules. Dommage, j’aurais aimé trouver encore plus de réponses, encore plus de tuyaux pour étayer mon imagination pourtant débordante.

18h, fin de la séance. Nous échangeons quelques mots avec la psychologue dans la salle d’attente. Il a très bien fait ça, mais il était temps que ça se termine. Normal, après une journée comme ça, il faut que toute cette énergie sorte me confirme-t-elle. A peine sorti du bureau, Valentin se montre en effet bien excité, monte sur le dos de son grand frère. Je règle la séance, et sur ces quelques minutes Valentin et Yanis ont fait la java sur la table de massage, et y ont laissé s’échapper tout le sable de leurs chaussures, poches, et rebords de pantalons. Je présente mes excuses, tente un rapide nettoyage, lance un rapide « à la semaine prochaine », et je file. Le temps de fermer la porte, Yanis a déjà appuyé deux fois sur le bouton de la sonnette à l’entrée. La « voisine » va encore apprécier.

C’est parti pour 45 minutes de route. Ouf, ils sont fatigués, pas trop de papotes bruyantes et de disputes dans la voiture. Direction l’Académie de musique pour le cours de clarinette d’Antoine.

19h, Frédéric m’attend devant l’Académie. Je lui laisse les deux petits, je monte au cours avec Antoine. J’aime autant ça, finalement ça me laisse un moment de calme au son bienveillant de la musique, même si une fausse note vient perturber l’harmonie de temps en temps.

19h50, je rentre à la maison, éreintée. Je m’installe pour manger. J’ai beaucoup de chance, j’ai un mari qui cuisine, bien qu’aujourd’hui ce sera du riz avec un plat préparé. Qu’importe, c’est bon quand même. J’ai de la chance, mais je l’envie parfois. J’aimerais être avant tout le monde à la maison, profiter d’un instant de calme même si ce n’est pas pour se prélasser, et laisser le soin à quelqu’un d’autre de gérer les enfants, leur scolarité, traitements, et diverses activités. Mais c’est un choix qu’on a fait ensemble, il ne m’y a pas forcée, et j’en suis même en grande partie à l’origine, alors je ne peux pas lui en vouloir. Mais quand même, il arrive que la fatigue entraîne des sentiments peu honorables. Alors parfois, oui, je lui en veux.

20h30, Valentin a dû monter dans sa chambre il y a 15 minutes parce qu’après au moins 5 remarques pour qu’il ne mange pas avec ses doigts, il récidivait, comme à chaque repas. Je monte le voir, il joue tranquillement. Je lui demande de descendre brosser ses dents. Il dit avoir faim. Je le laisse finir son assiette en le surveillant du coin de l’œil.

21h, si j’avais su je me serais abstenue, il se serait couché en zappant les normes d’hygiène ce soir.

Le lundi l’heure du coucher est décalée, on ne peut pas faire autrement. De toute façon, même quand les enfants montent à 19h30, il n’est pas rare d’entendre une petite souris redescendre une, voire deux heures plus tard.

L’excitation est à son comble, mais je parviens quand même à envoyer tout le monde au lit. C’est papa qui raconte les histoires ce soir. Pour la première fois depuis bien longtemps, je passe mon tour. En général on se partage la tâche, mais je dois encore travailler, 2 heures en principe, car tenter d’assumer parfaitement mon rôle de maman ne m’autorise pas à ne pas assumer mon rôle d’ « employée modèle ».

Pourtant je n’ai pas de courage ce soir. Qu’importe, pour la première fois depuis 8 mois, je reporterai à demain le labeur qui m’attend.

Je regarde en arrière et je vois tout le chemin parcouru. Tant de moments difficiles. Maintenant qu’on a une explication, je devrais me féliciter d’avoir d’instinct commencé à mettre en place les bonnes réactions, à utiliser les mots justes, à me détacher du regard accusateur des personnes dans les lieux publiques, celles qui jugent sans savoir, tout ça avant même de lire et entendre tous ces conseils qui abondent dans le sens de la pédagogie que je m’étais promis d’appliquer, ou du moins d’essayer.

Je devrais me féliciter pour ce choix d’école qui permettra sans doute à Valentin de garder une meilleure image de lui, ou du moins de retrouver cette image positive qui tend à lui faire défaut, comme pour à peu près tous les enfants qui présentent les mêmes troubles que lui.

Pourtant je me sens encore douloureusement blessée. Ce handicap qui ne se voit pas ou du moins ne se comprend pas, car il n’a de traces perceptibles que dans le comportement, ces réflexions douloureuses et stigmatisantes auxquelles Valentin et nous devrons encore souvent faire face, cet épuisement qui fait partie intégrante de notre vie à force de faire face à autant de vivacité, d’impulsivité, à force de devoir sans cesse redoubler d’imagination, maintenir des limites fermes mais avec suffisamment de douceur, et nous maîtriser quand nos limites sont atteintes voire largement dépassées, ce sentiment d’avoir dû affronter cela sans répit, avec si peu de soutien jusqu’à ce jour… Ce handicap, comme tous les handicaps, est tellement injuste pour le cœur d’une maman.

Malgré tout l’amour que je porte à chacun de mes enfants, malgré mon instinct de les protéger de tous les maux, il m’est arrivé d’avoir des pensées très culpabilisantes. Il m’est arrivé d’en vouloir à mon fils d’être tel qu’il est, alors que je le chéris plus que tout et que je prône la richesse de la différence de chacun d’entre nous. Il m’est arrivé de me dire que ma vie aurait été tellement plus simple, et plus agréable parfois, si nous avions choisi de n’avoir qu’un enfant, alors là même que je ne concevrais même pas la vie sans chacun de mes fils à mes côtés.

Bien sûr, ces pensées ne font que traverser mon esprit, et au fond de moi, les qualités de chacun de mes enfants et les richesses que m’apportent leur sourire et leur affection si profonde et si sincère valent plus que tous les trésors du monde, et valent bien plus qu’une vie tranquille et sans anicroches.

Mais voilà, je suis une maman certes, mais une maman fatiguée. Alors ces quelques pages m’ont permis de m’alléger d’un peu de cette tristesse que j’ai dans le cœur, pour mieux repartir demain.

22h30. En principe, à cette heure-ci, je devrais refermer ma connexion à distance… En principe… Ce lundi n’est pas un lundi comme les autres, mais comme chaque jour, avant de me coucher, je vais aller embrasser Yanis, Antoine et Valentin, et leur glisser un dernier « Je t’aime, fais de beaux rêves » dans le creux de l’oreille. Il paraît qu’il faut répéter les choses trois fois tout bas quand ils dorment… J’espère qu’ils m’entendent !

Témoignage : les bénéfices de la médication

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Les bénéfices de la médication

Bonjour. Je voulais juste apporter mon témoignage. Ma fille de bientôt 17 ans a été diagnostiquée TDA à l’âge de 5 ans. Elle a pris du Méthylphénidate jusqu’à ce qu’elle décide il y a 2 ans de ne plus prendre de médicament.
Je n’ai pas voulu l’obliger et du coup elle a eu 2 années d’échec scolaire.
Elle se retrouve en juin avec 7 examens de repêchage alors qu’elle refait son année.
Je parviens à lui faire comprendre qu’elle a besoin de sa médication et elle la reprend le 15 août.
Son professeur particulier de Mathématiques voit tout de suite une différence et finalement, ma fille réussit ses 7 examens!
Voilà encore une preuve que la médication est une sacré aide pour ces enfants.

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Les conseils de Léa pour apprendre à mieux vivre avec son TDA/H

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Les conseils de Léa pour apprendre à mieux vivre avec son TDA/H

Fais de l’exercice !
Détends-toi !
Mange bien !
Dors bien !
Fais-toi confiance !
Fixe-toi des objectifs réalistes !
Fournis les efforts nécessaires à ta réussite !
Sers-toi de ton agenda.
Assure-toi d’avoir tout ton matériel.
Adopte un horaire régulier.
Étudie dans un endroit calme.
Certaines personnes étudient mieux avec de la musique.
Invente-toi des jeux pour rendre ton étude agréable.
Demande l’aide d’un ami, d’un parent, d’un voisin.
Prévois une période de lecture à tous les jours sur un sujet de ton choix.
Ne te laisse pas contrôler par la télévision ou les jeux vidéo,
c’est toi le maître à bord!
Ta réussite sera à la mesure des efforts que tu y mettras.
Souviens-toi qu’il n’y a pas de victoire facile.

Léa, 12 ans, atteinte de TDA/H

Cycle de 10 séances de psychomotricité de type « rééducation scolaire »  pour les enfants, entre 5 et 10 ans, atteints de TDA/H, le lundi de 16 à 17 heures 15, à 1380 Lasne

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Cycle de 10 séances de rééducation scolaire qui vont permettre à “Apprendre à apprendre” à travers une réappropriation des fonctions exécutives et des outils tels que le Brain Gym, le Rmti, la relaxation, l’auto-massage et enfin des exercices qui permettront de renforcer l’estime de l’enfant ainsi que la compréhension et l’acceptation de ses ressentis et émotions.

Ces séances permettront au jeune atteint de TDA/H d’accroître progressivement son temps de concentration et d’attention, de réduire l’hyperactivité, d’améliorer ses habiletés sociales. 

Pour qui ? pour les enfants, entre 5 et 10 ans, atteints de TDA/H 

Quand ? le lundi de 16 à 17 heures 15 

Où ? au Centre Ayo, Rue des Tiennes, 1 à 1380 Lasne.

Tarif ? 140 euros pour les 10 séances. 10% de réduction pour les membres de l’asbl TDA/H Belgique en ordre de cotisation.

Informations et inscriptions ? pauline@centreayo.be ou 0474 55 94 16 

Le but de ces séances est d’amener l’enfant à “Apprendre autrement”, grâce à une ré-appropriation des fonctions exécutives ainsi que des fondements de base de la psychomotricité et ce par le biais du corps.

Les fonctions exécutives sont à la base de tout apprentissage (mémoire de travail, flexibilité cognitive, l’inhibition et l’attention), les élèves les utilisent constamment dans leurs apprentissages. Travailler ces fonctions va donc permettre à l’enfant d’accroître progressivement son temps de concentration et d’attention, sa mémoire et sa capacité à organiser sa pensée.

Le fait de revivre les différents fondements de la psychomotricité va permettre à l’enfant de renforcer la conscience de son corps et de son environnement et ce en travaillant sur le schéma corporel, la latéralité, l’espace, le temps, la motricité fine et globale.

Contrairement à d’autres accompagnement à visée thérapeutique, dans ces séances, le fait de passer par le corps en mouvement est un atout pour votre enfant car ça lui permettra d’appuyer, de soutenir et de renforcer différentes notions scolaires qui seront alors plus ancrées en lui car elles auront été vécues.

Ces séances sont encadrées par une institutrice et psychomotricienne spécialisée dans les troubles dysexécutifs et suivant de nombreuses formations pour pouvoir proposer des méthodes innovantes, les enfants apprendront aussi à s’aider d’outils comme le Brain Gym, le Rmti ( Intégration des réflexes archaïques), la relaxation, l’auto-massage,…

Un telle approche, mêlant psychomotricité relationnelle et fonctionnelle va aider votre enfant à reprendre confiance en lui et le motivera dans la poursuite de ses apprentissages.

Voici la planification des 10 séances :

1. Psychomotricité relationnelle (travail de cohésion et coopération de groupe)

2. Psychomotricité relationnelle (travail de cohésion et coopération de groupe)

3. Mémoire de travail et Flexibilité cognitive

4. Mémoire de travail et Flexibilité cognitive

5. Inhibition et attention visuelle et auditive

6. Inhibition et attention visuelle et auditive

7. Psychomotricité relationnelle (mise en jeu des outils acquis)

8. Rmti (intégration des réflexes archaïques)

9. Espace – Temps

10. Schéma corporel et latéralité

Ces ateliers peuvent aussi être faits en individuel. Dans ce cas le tarif est de 35 euros pour 45 minutes.
10% de réduction pour les membres de l’asbl TDA/H Belgique en ordre de cotisation.

Quelques petits trucs pour apprendre à mieux vivre avec le TDA/H

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– Aidez-le à organiser son environnement en utilisant des codes de couleur pour ses cahiers ou récompensez-le lorsqu’il accomplit certaines tâches domestiques.

– Parlez-lui du langage corporel et des conventions sociales. Prenez le temps de lui expliquer pourquoi les gens fuient parfois notre regard lorsqu’ils nous parlent.

– Conseillez-le lorsqu’il doit affronter des situations sociales délicates.

– Expliquez-lui les règles de politesse de base telles que la façon d’entamer une conversation ou la manière de tenir une porte pour laisser entrer quelqu’un.

– Apprenez-lui à gérer les conflits en lui expliquant la différence entre un geste volontaire et un geste accidentel.

– Aidez-le à trouver des moyens de résoudre les conflits.

– Expliquez-lui que le fait qu’il vive parfois des situations conflictuelles ne veut pas dire qu’il est méchant et que cela peut arriver à tout le monde.

– Si les projets d’envergure (tels les projets scolaires lui semblent insurmontables, divisez-les en plusieurs petites étapes et offrez-lui une récompense pour chaque étape franchie.

– Si votre enfant semble stressé, consultez son calendrier d’activités. S’il est trop chargé, demandez à votre enfant quelles activités optionnelles il aimerait abandonner. Expliquez-lui qu’il peut poliment refuser une invitation ou une activité s’il se sent trop accaparé.

– Si votre enfant ne peut écouter la télévision ou se concentrer sur des instructions que lorsqu’il tape du pied, laissez-le faire.

– Félicitez votre enfant. Soyez précis, soulignez la qualité de son écriture ou la gentillesse dont il fait preuve en parlant au téléphone avec sa grand-mère.

– Encouragez votre enfant à identifier les sujets qui l’intéressent. Vous l’aiderez ainsi à faire un choix de carrière judicieux le moment venu.

– Assurez-vous que votre enfant est suivi par un professionnel de la santé qui connaît bien le TDA/H.

Louise, maman de deux enfants atteints de TDA/H, bénévole à l’asbl http://www.tdah.be

Démêler les fils du TDA/H

La Presse+, Edition du 12 décembre 2017, section Pause Santé, écran 2
Tout le monde a son avis sur ce qu’est le trouble du déficit de l’attention et sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour y remédier. Est-ce une simple différence ou un vrai problème ? Est-ce une bénédiction ou un handicap ? Y a-t-il trop de diagnostics ou de sous-traitements ? Nous avons posé 12 questions qui divisent la population à 5 spécialistes reconnus. Voici leurs réponses.

UN DOSSIER D’ISABELLE AUDET ET DE JEAN SIAG

LE DIAGNOSTIC
Y a-t-il plus de personnes avec un TDAH aujourd’hui ?

Les experts interrogés se montrent nuancés à ce sujet. Le fait que les professionnels de la santé arrivent désormais à mieux diagnostiquer ce trouble peut donner l’impression que davantage de personnes en sont atteintes. Cependant, elles ne sont pas plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans, expliquent Ariane Hébert, psychologue, et la Dre Annick Vincent, psychiatre. De 5 à 7 % de la population serait touchée par un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et ce pourcentage se maintient. « Il n’y en a pas plus, ils sont plus dysfonctionnels, précise la Dre Christiane Laberge. Aujourd’hui, on a des gens qui doivent performer de plus en plus, chez qui l’attention est primordiale. » Chez les enfants, il arrive toutefois que l’on suspecte trop vite la présence d’un TDAH, nuance Johanne Lévesque, neuropsychologue. « Il y a une forme d’intolérance, qui est peut-être bienveillante, pour les enfants qui ont de la difficulté », souligne-t-elle. D’où l’importance d’une évaluation rigoureuse qui viendra confirmer ou infirmer ces impressions. Pour sa part, le neuropsychologue Benoît Hammarrenger souligne qu’il serait pertinent de vérifier une hypothèse selon laquelle des polluants pourraient avoir des effets sur le développement du cerveau.

Est-ce vrai qu’il y a beaucoup de faux diagnostics ?

Depuis quelques années, les professionnels de la santé travaillent de plus en plus en équipe pour arriver au meilleur diagnostic possible, souligne Benoît Hammarrenger. Malgré tout, tous les spécialistes interrogés estiment que parfois, il peut y avoir des erreurs. « D’autres troubles peuvent imiter le TDAH », précise le neuropsychologue. La douance, l’anxiété, un trouble du langage ou la dyslexie, par exemple, présentent des symptômes qui ressemblent à ceux du TDAH. La Dre Laberge souligne le fait que la présence de facteurs de distraction beaucoup plus importants qu’avant – les appareils électroniques, notamment – et le niveau de performance intellectuelle exigé dans de nombreux domaines peuvent exacerber certains symptômes.

La Dre Annick Vincent pointe quant à elle un autre phénomène : le faux diagnostic à l’inverse. « Il y a des gens qui ont un TDAH et chez qui on ne l’a pas diagnostiqué. Il y a 20, 30, 40 ans, les drapeaux ne se sont pas levés parce qu’ils arrivaient à suivre à l’école, mais ils arrivent aujourd’hui épuisés, ils n’ont plus d’énergie pour arriver à la même vitesse que tout le monde. Ils arrivent avec un tableau anxieux, ou de dépression, et il n’est pas reconnu qu’en dessous, il y a un TDAH », explique-t-elle.

Est-ce que tout le monde n’a pas un peu un TDAH ?

« J’entends cette phrase tout plein de fois dans mon bureau ! », s’exclame spontanément Ariane Hébert. La psychologue souligne que si certains traits peuvent ressembler au TDAH, le vrai trouble se démarque par le nombre de symptômes, leur apparition en bas âge, leur chronicité et leur impact dans la vie de la personne atteinte. Benoît Hammarrenger renchérit : « Attention : dire que tout le monde est un peu TDAH vient banaliser ce trouble. Car il faut faire la différence entre une faiblesse et un trouble. Si on prend 100 personnes et qu’on leur fait courir le 100 m, certains vont être très bons, d’autres seront dans la moyenne et certains vont être moins rapides. Si on est moins rapide, on n’a pas un trouble de la course. On est juste moins bon là-dedans. Un trouble, c’est un handicap. C’est d’être incapable de faire quelque chose », nuance-t-il. La psychiatre Annick Vincent estime qu’il reste beaucoup d’éducation à faire au sujet du TDAH : « Vous pourriez mettre les symptômes du TDAH sur une échelle. Il y a toutes les nuances dans le nombre de symptômes sur cette échelle, mais à un moment donné, il y a un seuil. Et au-delà de ce seuil, il y a le diagnostic. »

Comment bien évaluer s’il y a présence ou non d’un TDAH ?

« Il n’y a pas de test fiable à 100 % pour diagnostiquer un TDAH », précise d’emblée Benoît Hammarrenger, neuropsychologue. Les médecins peuvent diagnostiquer seuls un TDAH, mais certains optent maintenant pour une évaluation exhaustive en collaboration avec d’autres professionnels, comme des psychologues et des neuropsychologues. L’objectif : dresser le portrait le plus large possible de la vie du patient, afin de distinguer le TDAH d’une autre affection. Cette évaluation permet au professionnel de déterminer si suffisamment de symptômes d’inattention et d’hyperactivité sont présents chez le patient pour déterminer qu’il s’agit bel et bien d’un TDAH. Certains tests supplémentaires permettent aussi de détailler les atteintes dans le fonctionnement du cerveau. Les personnes qui présentent des symptômes de TDAH n’ont cependant pas accès à tout cet éventail de services, soulignent les experts consultés. La Dre Annick Vincent ajoute que les mesures d’aide pour les enfants en difficulté ne devraient pas tourner uniquement autour du processus de diagnostic. Elle souligne qu’idéalement, une évaluation psychosociale devrait être faite d’abord pour accompagner les jeunes et leurs parents. « C’est quand tout ça ne fonctionne pas qu’on devrait se poser la question : est-ce qu’il y a un problème de santé derrière ? »

AU QUOTIDIEN
Est-ce vrai que les personnes avec un TDAH sont plus créatives que les autres ?

C’est ce que laissent entendre Kim Rusk et Dominic Gagnon dans leur livre J’M les TDAH, dans lequel ils attribuent leur succès à leur TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). La majorité des spécialistes consultés ne voient pas de lien entre TDAH et créativité. « Le TDAH et la créativité, ça peut venir ensemble, mais on ne gagne pas en créativité parce qu’on a un TDAH », nous dit Benoît Hammarrenger. « Est-ce que les personnes sans TDAH sont moins créatives ? demande Ariane Hébert. Je ne pense pas. Oui, elles ont une façon différente de voir la réalité, mais ce n’est pas vrai que dans tous les cas, ça amène une plus grande créativité. Il y en a qui vont au contraire être extrêmement rigides dans leur pensée. » Pourquoi retrouve-t-on beaucoup de porteurs de TDAH dans le monde de la création ? « Parce que c’est un monde où tu peux bouger beaucoup, dit la Dre Christiane Laberge. C’est possible de se lever dans un remue-méninges. Pas sûre que tu peux te lâcher autant dans un conseil d’administration. Il y a des périodes où ils travaillent comme des malades et d’autres où ils ne travaillent pas. Ce rythme-là leur convient. »

On parle de plus en plus du TDAH comme d’un atout ou d’un avantage. Est-ce le cas ?

La question divise nos intervenants. Johanne Lévesque donne l’exemple d’un homme qui peut suivre les conversations aux tables dans un resto. « Sur le parquet de la Bourse, ça peut être intéressant. » Les autres experts refusent de considérer le TDAH comme un atout. « On fait avec. On vit avec. On tire le meilleur de chaque situation, nous dit la Dre Christiane Laberge, mais ce n’est pas l’fun. » « On ne réussit pas grâce au TDAH, on réussit malgré lui », insiste Benoît Hammarrenger. Ariane Hébert abonde dans ce sens en évoquant le cas des dirigeants d’entreprise. « On dit qu’ils prennent des risques que d’autres n’auraient pas pris – à cause de leur impulsivité. Mais c’est aussi vrai qu’ils vont prendre des risques et se planter. Ou qu’ils ne seront pas capables de plancher suffisamment longtemps sur un projet pour le mener à terme. » « Ceux qui ont un TDAH sévère ne vous diront jamais : “Oh wow ! C’est super d’avoir un TDAH !”, s’étonne la Dre Annick Vincent. Ceux qui ont cette créativité-là, ceux qui ont une énergie débordante, vont voir ça comme un avantage le jour où ils vont être capables de bien contrôler leur TDAH pour être capables d’attraper leurs idées. »

Les personnes avec un TDAH sont-elles toutes exubérantes ?

La réponse est non. « C’est le côté hyperactif qui fait que ces personnes sont exubérantes, précise Johanne Lévesque. Ils parlent fort et vite, ils bougent beaucoup. Il ne faut pas oublier que c’est un trouble de l’inhibition. Quelqu’un qui a un TDA [sans hyperactivité] va passer sous le radar, parce qu’il est en général plus tranquille, plus effacé. » Ariane Hébert est d’accord. « Les TDA ont une lenteur dans l’exécution. On les oublie en classe. Je fais une généralité, mais ces gens-là ne feront pas de vagues. D’autres auront l’agitation motrice, mais ils n’auront pas nécessairement la parlote. Ce sont des particularités propres à chacun. » La Dre Christiane Laberge croit que cette exubérance se paie parfois chèrement. « Un comédien me disait qu’avant d’être traité, il passait sept heures dans son bain pour apprendre ses textes, parce que c’était le seul endroit où il n’y avait pas de distractions. » Il reste qu’à la base, le TDAH entraîne une difficulté à « s’automoduler », rappelle la Dre Annick Vincent. « À moduler ses idées, son niveau énergétique et son comportement. Celui qui a la bougeotte va avoir l’air beaucoup plus exubérant. Celui qui est inattentif va avoir l’air au contraire d’un timide, alors qu’il ne l’est pas. »

Faire de l’activité physique suffit-il à endiguer les symptômes du TDAH ?

Nos experts s’entendent. Oui, ça peut améliorer la concentration, mais ça ne guérira rien. Ils préfèrent parler d’une hygiène de vie globale. Bien dormir, bien se nourrir, faire de l’activité physique, tout ça aura un effet bénéfique chez les personnes avec un TDAH. Dans des cas légers, Johanne Lévesque croit que ça peut aider. Mais ce n’est pas toujours suffisant, estime Ariane Hébert. « On ne peut pas se contenter d’une demi-heure de jogging le matin pour que la journée à l’école ou au travail se passe bien tout le temps. Pour ceux qui en ont réellement besoin, ça ne peut pas remplacer la médication. » De son côté, Benoît Hammarrenger ne croit pas que le TDAH soit apparu « parce que nos jeunes bougent moins ou qu’ils sont davantage devant des jeux vidéo ». La Dre Christiane Laberge rappelle quant à elle que les adultes avec un TDAH ont aussi tendance à prendre du poids. « Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils sont habitués à faire deux choses à la fois. Donc, quand ils mangent, ils pensent à autre chose. Ils ne sont pas là. Ils vont oublier qu’ils n’ont plus faim et ils vont continuer de manger. Dans ce contexte, oui, l’exercice physique peut aider. »

LE TRAITEMENT
Donne-t-on trop vite des médicaments aux personnes qui ont un TDAH ?

« Ce qui commande l’introduction de la médication, c’est la qualité de vie de la personne qui a un TDAH, nous dit Ariane Hébert. Quand la qualité de vie est handicapée par les symptômes, c’est une avenue à considérer. » Johanne Lévesque n’est pas contre l’introduction de la médication, mais elle prône la mise en place de mesures d’accommodement d’abord. « Parce que les effets secondaires ne sont pas négligeables. Il ne faut pas croire que c’est une formule magique, ajoute-t-elle. Et si c’est seulement ça qui est fait, c’est encore moins vrai. » La Dre Annick Vincent a d’ailleurs consacré un chapitre imposant sur les stratégies « non pharmacologiques » dans la réédition de Mon cerveau a encore besoin de lunettes. « Il y a toutes sortes de choses qu’on peut faire en amont d’un diagnostic. Il est tout à fait adéquat de se poser la question si une personne qui prend une médication la prend pour les bonnes raisons. Il est important de continuer à se questionner. Est-ce que nos jeunes et nos moins jeunes qui ont des difficultés ont accès au bon diagnostic au bon âge ? Et est-ce qu’une fois qu’ils ont le diagnostic, ils ont accès au bon traitement ? »

Comment évaluer l’efficacité d’un médicament ?

C’est LA question que se posent les parents de jeunes qui ont un TDAH et qui cherchent la bonne médication et le bon dosage. « Il faut que les effets bénéfiques du médicament soient plus importants que les effets secondaires associés, résume bien Johanne Lévesque. Personnellement, j’ai de la difficulté à accepter qu’un enfant ne dîne pas au profit d’une performance académique. » Malheureusement, on ne peut pas prédire quel médicament conviendra à notre enfant. « Est-ce qu’on a bien identifié les cibles de traitement avant ? demande Annick Vincent. Vouloir que les notes de notre enfant montent, ce n’est pas une bonne raison. Vouloir que l’attention soutenue s’améliore, c’est une bonne cible de traitement. Mais parfois, selon les périodes de vie, nos stratégies d’adaptation vont être efficaces et vont suffire. D’autres fois, par contre, la médication devra être ajustée. » La Dre Christiane Laberge demeure pragmatique. « Nous, on se fie au “questionnaire Pierre Poulin” pour les suivis, confie-t-elle. C’est un questionnaire validé avec une série de questions aléatoires sur l’impulsivité, l’inattention, les effets secondaires de la médication, la fatigue, etc. Un questionnaire qui devrait être rempli par la personne avec un TDAH, un parent et un enseignant. En fonction du résultat, on mesure l’efficacité d’un médicament. »

Quelles sont les stratégies les plus efficaces (hors médication) ?

On revient ici à la notion d’hygiène de vie globale. Alimentation, activité physique, sommeil. « La préservation du sommeil est une priorité, nous dit la Dre Christiane Laberge. Au secondaire, les jeunes devraient dormir entre 9 heures et 10 heures par nuit. Les journées d’école devraient commencer une heure plus tard le matin. La limitation du temps passé devant les écrans est aussi importante. Il faut limiter le bruit, permettre aux jeunes de se dégourdir, de courir, de jouer. Il faut diminuer leur anxiété. » Benoît Hammarrenger met l’accent sur le côté pratique. « Il ne faut pas travailler contre le besoin de bouger, il faut travailler avec [balle de stress, élastique entre les pattes de la chaise, travail debout, etc.]. » La Dre Vincent, elle, croit que la clé est dans la connaissance de soi. « Tu n’es pas responsable d’avoir un TDAH, mais tu es responsable de ce que tu en fais. Peut-être que ton chemin va être différent, mais tu dois apprendre à apprivoiser ton TDAH. » Johanne Lévesque a un autre point de vue : « Pour moi, c’est le neurofeedback, dit-elle. C’est une méthode critiquée parce qu’il n’y a pas des centaines d’études là-dessus, convient-elle, mais ça permet à quelqu’un de corriger les anomalies neuroélectriques de son cerveau associées aux symptômes du TDAH. »

Y a-t-il une « explosion » du nombre de prescriptions de médicaments ?

« La médication effraie beaucoup les gens. Si on traitait le TDAH avec de la vitamine C, je ne pense pas qu’on ferait la une des journaux », souligne la Dre Annick Vincent. Au cours des dernières années, on a en effet vu une augmentation des prescriptions. Or, cette hausse s’explique notamment par le fait que les médicaments sont aujourd’hui plus efficaces et mieux tolérés. « Ceux qui prenaient une médication avant la prenaient de façon très ponctuelle. Ils choisissent maintenant de la prendre de façon plus régulière », précise la Dre Vincent. De plus, une même personne peut désormais se voir offrir un traitement à action prolongée pendant le jour et un médicament à courte action en soirée. Ainsi, une même personne peut avoir deux prescriptions. Compter le nombre de prescriptions pour estimer le nombre de personnes traitées, c’est faire fausse route, donc. Surtout que certains médicaments pour traiter le TDAH sont aussi utilisés pour soigner d’autres problèmes de santé. Tous les experts interrogés insistent toutefois sur l’importance des adaptations et des stratégies non pharmacologiques pour traiter le TDAH. « Il faut se rappeler que le traitement pour le TDAH est multimodal, affirme pour sa part la Dre Christiane Laberge. Il faut commencer par la psychoéducation. »

QUI SONT NOS EXPERTS ?
LA DRE ANNICK VINCENT
La Dre Annick Vincent est médecin psychiatre. Elle est l’auteure de Mon cerveau a besoin de lunettes et de Mon cerveau a encore besoin de lunettes, des livres pour accompagner les enfants, les adolescents et les adultes atteints de TDAH. Elle a cofondé la clinique Focus, spécialisée dans le TDAH et elle a créé le site http://www.attentiondeficit-info.com.

EN RÉSUMÉ, LE TDAH, C’EST…
« Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental qui entraîne des symptômes dans la lignée de la gestion de l’attention, des mouvements et des comportements. Pour avoir un diagnostic de TDAH, il faut que l’on retrouve un certain nombre de symptômes d’inattention et un certain nombre de symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité. Ce tableau-là doit être au long cours, donc depuis l’enfance, et il ne doit pas être expliqué par une autre problématique. Enfin, ces symptômes doivent entraîner un impact fonctionnel important. Certaines personnes font une nuance entre le TDA [avec inattention prédominante] et le TDAH [avec hyperactivité], mais on appelle ce trouble le TDAH. »

ARIANE HÉBERT
Ariane Hébert est psychologue et auteure du guide TDA/H – La boîte à outils et du livre Le TDA/H raconté aux enfants. Elle a fondé La boîte à psy, une clinique privée pour les adultes et les enfants. Si elle s’intéresse de près au TDAH, elle oriente sa pratique vers l’évaluation de la santé mentale et le soutien parental.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Les critères diagnostiques du TDAH sont très bien définis », affirme d’emblée Ariane Hébert. N’empêche, la psychologue souligne qu’il est par la suite hasardeux de dégager de grandes généralités dans les manifestations de ce trouble : « C’est très hasardeux de dire : “Tu as un TDAH, donc tu as cette couleur-là.” En plaçant le TDAH dans une case, en disant que ces personnes bougent beaucoup ou qu’elles ont la parlotte, on a l’impression qu’on sait à quoi on a affaire, mais ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup de distinctions à faire. »

BENOÎT HAMMARRENGER
Benoît Hammarrenger est neuropsychologue et auteur du récent livre 10 questions sur le TDAH chez l’enfant et l’adolescent, ainsi que du livre L’opposition – Ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs. Il est aussi le fondateur des Cliniques d’évaluation et de réadaptation cognitive (CERC).

En résumé, le TDAH, c’est…

« C’est un trouble affectant la capacité d’inhibition de l’enfant ou de l’adulte ainsi que la capacité à contrôler ses pulsions pour avoir un comportement plus adapté à l’environnement. Également, ce trouble affecte la capacité à filtrer ce qui n’est pas pertinent autour de soi pour rester concentré sur seulement ce qui est pertinent. Ce trouble devrait être présent avant 12 ans. Le TDAH a des répercussions sur la réussite à l’école ou au travail, sur les relations sociales et les relations familiales. C’est un problème, un TDAH. »

JOHANNE LÉVESQUE
Johanne Lévesque est neuropsychologue. Elle défend notamment la technique du neurofeedback. Elle vient de publier le livre TDAH – Pourquoi être ordinaire quand on peut être spécial ?, coécrit avec Sylvain Guimond.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Pour moi, le TDAH, c’est quelqu’un qui a de la difficulté à porter attention ou à ne pas bouger ou ne pas parler à un moment où il souhaiterait porter attention ou faire preuve d’inhibition. »

LA DRE CHRISTIANE LABERGE
La Dre Christiane Laberge est médecin de famille et chroniqueuse santé. Elle a notamment travaillé au CLSC de Dorval-Lachine, où elle a mis sur pied un programme de gestion intégrée du TDAH dans six écoles.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Le TDAH est un trouble neurobiologique. Les gens qui en souffrent consomment énormément d’énergie à freiner l’action avant de la faire. C’est pour ça qu’ils manifestent une forme d’impulsivité, d’inattention et parfois d’hyperactivité. »