Témoignage : Hortense

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Hortense

A 22 ans le diagnostic est là. Chez moi tout est déficitaire, tout est en dessous de la moyenne. « Troubles majeurs des fonctions attentionnelles et exécutives mis en évidence par des scores déficitaires (en précision et/ ou en vitesse) pour toutes les épreuves effectuées. Des difficultés sont mises en évidence pour toutes les fonctions attentionnelles, ainsi que pour la mémoire de travail, la flexibilité et l’inhibition ».

J’ai grandis dans une famille qui a pour mot d’ordre : études. D’abord les études, puis les études et enfin les études.
Mes parents nous ont fournis tous les moyens pour avoir une vie confortable afin de ne penser qu’aux études.
J’ai réussi mes études primaires, toujours la première de classe sinon la deuxième.
Au collège j’ai eu le même parcours, avec option sciences expérimentales.

Arrivée en Belgique en 4e secondaire, j’ai été dans une école considérée parmi les meilleures à Bruxelles, très stricte et très exigeante. J’ai réussi, non pas comme la première de classe mais dans la moyenne ou du moins au même niveau que les autres. Sachant que le français n’est pas ma langue maternelle, c’était le seul élément qui pouvait poser un peu problème.
Arrivée à la dernière année : la 6e, l’année fut difficile pour diverses raisons. Mais j’ai réussi, et avec option sciences fortes.

En fait, ce n’est qu’à partir de la 5e que j’ai commencé à connaître la seconde session. En quatrième, j’ai eu un « petit » travail d’été portant sur l’étymologie des mots.

Et depuis, la seconde session n’a jamais quitté mes vacances d’été.

Le laboratoire de chimie était un vrai calvaire : toujours ailleurs, je ne comprenais pas et je ne savais pas ce qu’il fallait faire. Toujours en train de demander à une autre personne : qu’est ce qu’il faut faire ? Réponse : mais enfin, on vient d’expliquer…

Autre calvaire : le dictionnaire. Je n’aime pas chercher un mot dans le dictionnaire, car je ne le trouve jamais, tout simplement parce que j’oublie ce que je cherche, ou un autre mot m’interpelle, et c’est parti, le temps passe, après 15 min : Oups, c’est quoi le mot que je cherche ? Ou : pourquoi j’ai pris le dictionnaire ?
Le dictionnaire électronique me sauve ! Vive la technologie.

Lire un texte en classe était une vraie épreuve. Je n’arrivais jamais à me concentrer sur le contenu, toujours proie aux milles idées que je ne peux même pas mettre sur papiers car elles sont nombreuses et je ne me souviens d’aucune.
Quand tu es ailleurs à quoi tu penses ? Je pense à rien, je ne peux pas répondre à la question, je ne sais pas ce qui a tourné dans ma tête.

La vérité est que j’ai surtout et beaucoup appris par moi-même. En mathématique, je trouvais mes propres méthodes de résolution. Certes ça prenait beaucoup de temps, mais ça m’amusait. Et puis je ne savais pas toujours qu’il y a des méthodes plus simple et plus rapide, dû à mon absence totale aux cours malgré la présence physique.

La vie n’a pas toujours été belle, des problèmes personnels ont accentué mes difficultés rencontrées aux cours. Certains professeurs n’aident pas beaucoup, au contraire ils ont l’art de démotiver, de détruire la confiance dans l’être, la créativité dans l’âme, et l’espoir dans l’avenir. Et après on s’étonne d’avoir des êtres sans avenir, et des âmes défaitistes sans espoirs.

A la fin de la 6eme secondaire, je n’avais aucune idée sur les études à choisir.
En un an j’ai fréquenté trois endroits (deux écoles et une université). Peut être cette année là était un gâchis. Cependant, je ne regrette rien, car du moins je sais que je ne regretterai rien, j’ai vu en quoi ça consiste ces études, et maintenant j’ai la conviction que je peux m’épanouir dans d’autres domaines. N’est ce pas d’une modeste expérience ?

Le choix des études que je suis actuellement est le fruit du hasard. Déterminée à faire des études de psychologie après m’être bien informée, le jour de l’inscription je suis allée directement à une école de commerce. Et je ne sais toujours pas expliquer ce que c’est passé ce jour là. D’ailleurs ça m’arrive souvent de me trouver dans des endroits, destinations autres que j’avais prévues. Mais ma vie me plait. Ce côté absurde en moi, qui se traduit par des décisions absurdes, me plaît. C’est tout à fait moi.
Je n’ai pas de projets à court terme et donc forcement pas à long terme. Je n’ai pas de planning, je ne planifie pas mes vacances, et je sais rarement ce que je ferai demain, voire le soir même. Je n’aime pas les contraintes. Nous pouvons rendre notre vie facile, en limitant tout simplement nos exigences.
Personnellement, je peux passer des journées entières à rêver, à penser, à dessiner, à lire, à courir, à m’imaginer à la mer,…
Il y a tellement de belles choses qui nous entourent, mais la société devenue très individualiste et narcissique nous oppresse par cette quête incessante vers le perfectionnisme. On veut des êtres parfaits, et une vie parfaite, malheureusement plus on cherche à atteindre une perfection « absolue », plus on perd en résistance, et on se disperse pour s’éloigner de la vraie question « Qui suis-je ? Qu’est ce que je veux ? »

Dans les études de commerces & management je suis épanouie, car il s’agit d’une formation polyvalente, j’ai une palette de cours : mathématiques, statistique, psychologie, sociologie, économie, droit, informatique…les langues. Je ne m’ennuie pas en étudiant. L’ennuie mon pire ennemi.
Malgré ça, je sais déjà que je ne pourrai pas travailler dans le milieu des affaires. Je suis toujours à la quête de nouveautés. J’ai besoin d’apprendre et de découvrir ce qui se passe ailleurs.

J’ai raté ma première année, et j’ai raté la deuxième. Le premier échec était surmontable, mais le deuxième était destructeur. J’ai payé les frais en termes de confiance en moi et en l’avenir. Après de grands efforts et un travail hard, sans repos, j’étais dans l’incapacité de justifier cet échec. La plupart des notes obtenues tournaient autour de 10/20, et à l’université il faut une moyenne totale de 60%. J’ai raté avec + /-56%. Scandaleux !

Que faire ? Par où et comment commencer ? Qu’est ce qui ne va pas ? Pourquoi je n’arrive pas à atteindre les objectifs ? Je ne vais jamais réussir car j’ai déjà tout donné, je ne pourrai jamais faire mieux….milles et une question tournait sans cesse et sans réponse dans mon esprit.

Avec le recul, je me rends compte que mon déficit d’attention et le manque de concentration ont fait que j’étais dans l’impossibilité de fréquenter les cours, cet absentéisme est en partie responsable de mes échecs. Car je n’avais pas les notes, et je ne demandais pas. Je ne savais pas quelles étaient les exigences, ce que les professeurs attendaient…Pire encore je ne savais pas qu’il existe des matières à réussir à tout prix (pré requis). Je me rends compte que j’ai souvent délaissée ces matières en donnant la priorité à celles que je préfère mais qui n’avaient pas réellement une importance ou plutôt un poids dans la réussite.
Cette prise de conscience des critères de réussite n’aurait pas été possible sans être passée par la prise de Rilatine et surtout sans être passée par la rééducation.

Mais malgré tout, je ne pleure pas ce que c’est passée, au contraire parfois je suis même contente de cet échec. Je m’explique : si je n’avais pas raté, je n’aurai pas insisté et cherché à expliquer le manque de concentration dont j’ai toujours souffert, et j’aurais peut être traîné avec toutes ces difficultés le reste de ma vie. Comme quoi il faut voir le bon côté des choses dans le mal même. Un mal peut parfois être très constructif. Relativiser et Positiver ! C’est tout !

Certes, parfois j’ai peur de l’avenir, un échec est mal perçu dans le milieu professionnel, mais au même temps j’ai une certaine confiance et certainement beaucoup d’espoir dans l’avenir, parce que je sais quelles sont mes faiblesses et mes forteresses, et j’ai toujours fait preuve de bonne conduite, et bonne travailleuse là où j’avais des responsabilités.

Et, tous les jours j’apprends à accepter que je ne suis pas maître de mes facultés intellectuelles. Tout comme j’essaye d’accepter mes échecs.

Grâce à la rééducation et à la Rilatine, les nuages se dégagent pour ne laisser place qu’à un beau ciel bleu.

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